" à vous l'antenne !" ______________ANTENNE SOCIALE de LYON

24 juin 2022

Lecture pour temps … de changement

candiard-avec-bandeau-5d2853d1a4362

Adrien CANDIARD, A Philémon. Réflexions sur la liberté chrétienne, Ed. du Cerf, 2019, 137 p, 10€.

L'auteur est dominicain, au couvent du Caire ; cet ouvrage a reçu le prix de la liberté intérieure 2019.

''Qu'est-ce qu'un chrétien est obligé de faire ? Qu'est-ce qui lui est interdit ? Qu'est-ce que cela signifie pour pour tous ceux qui ne croient pas ?

Dans sa lettre à Philémon, l'apôte St Paul ouvre un tout autre chemin : celui d'une authentique et exigente liberté, sous la conduite de l'Esprit Saint. «  Là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté » .''

Adrien Candiard commente la lettre de Paul à Philémon, son ami, en lui renvoyant Onésime son esclave qui s'est échappé et qui a été baptisé par Paul au début des années cinquante. Le dominicain aborde en 5 petites parties quelques aspects de la libération à entreprendre. En voici quelques citations significatives

  1. Paul , le converti de la route de Damas, revoit sa pratique religieuse.

Converti, ''Paul n'a pas changé de Dieu : c'est toujours le même, Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu de l'Alliance, le Dieu qui a fait sortir son peuple d'Egypte'' p 33, mais il remet en cause l'obligation des six cent treize commandements juifs '' Six cent treize, dont deux cent quarante-huit commandements positifs ( « honore ton père et ta mère... ») et trois cent-soixante cinq interdictions (« Tu ne tueras point... »). Autant d'interdictions que de jours dans l'année'' 35

'' Paul est converti. Il n'a pas simplement changé de religion, ni troqué un Dieu pour un autre. Il a passé sa propre mer Rouge , il a vécu une libération qu'il souhaite désormais partager à tous. '' 47

2. Référence à Adam et Eve (Genèse).

Paul ne veut pas forcer une conscience '' quand pointe la tentation, chez des chrétiens, de vivre  la relation à Dieu sous une forme de servitude'' 57

''La vie n'est pas un terrain où ma volonté et la volonté de Dieu s'opposent, et où l'une ne progresse qu'au détriment de l'autre […] Dieu ne m'interdit rien, mais il m'avertit que les moyens que je veux employer, parfois, sont très mal choisis.'' 60

'' La vie éternelle c'est tout autre chose. Commencée dès notre vie, elle n'est pas autre chose que cette familiarité avec Dieu, cette vie sous la conduite de l'Esprit qui peu à peu nous transforme en filles et fils de Dieu. Le salut n'est pas une récompense de notre amitié avec le Christ : le salut c'est cette amitié même, qui nous unit à Dieu pour l'éternité.''67

  1. Sexualité et chasteté.

    ''La chasteté nous dit que notre désir et notre sexualité ne sont pas des forces inutiles qui ne visent qu'elles-mêmes, mais qu'elles ont un but : m' apprendre à aimer davantage, à me donner en profondeur .'' 77

    '' Etre libre, c'est être capable de faire ce que je veux. Ce que je veux et non ce dont j'ai envie sur le moment, qui bien souvent s'opposent et même s'excluent. Mais bien malin qui peut dire ce qu'il veut vraiment en la matière'' .83

    ''Paul ne disait pas autre chose : « Tout est permis » rappelait-il, soulignant que l'enjeu n'est pas de savoir ce qui est licite ou illicite , « tout est permis, mais tout n'est pas profitable ». Ce n'est pas parce que Dieu ne m'interdit rien que je dois faire n'importe quoi, sans me soucier de ma liberté à choisir le bien '' . 85

4. Marthe et Marie, les deux sœurs.

'' Dans cette page d'Evangile bien connue, mais difficile, tous ou presque s'identifient à Marthe, bien plus qu'à sa sœur dont on ne sait finalement pas grand chose, sinon qu'elle ne veut pas se fatiguer. Derrière cette identification, sans doute y a-t-il un réflexe de bonne éducation : on sait bien que Marie a choisi la meilleure part, mais justement on nous a appris quand nous étions petits à ne jamais choisir la meilleure part, à ne jamais prendre le plus gros morceau du gâteau, qu'il fallait laisser aux autres. Au-delà de la simple politesse, la figure de Marthe semble incarner deux vertus chrétiennes par excellence : l'humilité et le service.'' 94

'' Notre païen intérieur nous convainc qu'on agit forcément bien, puisque ces sacrifices nous contrarient. Ces efforts vont contre nous-mêmes, donc il faut bien que Dieu nous compense. On fait tout ça pour lui faire plaisir, on se complique la vie pour lui, donc il nous doit bien quelque chose en retour.'' 100.

'' l'essentiel, dans notre vie chrérienne, ce n'est ni l'action ni la contemplation, c'est la rencontre et la vie avec le Christ. Ce qui ne sert pas cette rencontre et cette familiarité est secondaire.'' 44

 ''La vie chrétienne, ce n'est pas s'épuiser à mériter un jour la vie éternelle, le Royaume de Dieu, mais c'est recevoir cette vie et ce Royaume qui nous sont déjà donnés ; que la vie chrétienne n'est pas autre chose que la vie éternelle, la vie avec Dieu déjà commencée.'' 106

 

  1. Avec Onésime, la fraternité

    Paul ''est trop familier de la Bible pour entretenir la moindre illusion romantique sur ce que recouvre le mot ''frère''. Il sait bien qu'être frère ne signifie pas entretenir naturellement des relations apaisées et harmonieuses. [...] C'est que la fraternité, c'est quelque chose de plus fondamental, presque de plus primitif. Etre frère ''selon la chair'' ou ''selon le Seigneur'', ce n'est pas toujours s'aimer. Etre frère, c'est n'en n'avoir jamais fini avec son frère ; être frère, c'est n'être jamais quitte . '' 115

    ''Je suis le frère de quelqu'un parce que nous ne pouvons pas faire comme si nous n'existions pas l'un pour l'autre'' . 117

    '' « Tout est grâce », parce que tout nous est donné par Dieu qui n'attend rien en retour''' 123

    '' Ce qu'on appelle le salut, c'est accepter d'entrer avec Dieu dans cette relation d'amour, non pas par obéissance ou crainte de l'enfer, pas même par politesse devant la grandeur de son don, mais librement, parce qu'on a pressenti l'incroyable densité de son amour à lui .'' 12

 

Lecture proposée par Etienne FAUVET, 8 juin 2022

Posté par DELEGUE AS à 18:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


14 juin 2022

Quelle nouvelle étape pour l’Europe ?

image_pe

Ce 9 mai 2022 les résultats d’une vaste consultation des citoyens sur l’avenir de l’Europe ont été présentés au Parlement européen à Strasbourg. Ce processus avait été lancé après les élections européennes de 2019, mais interrompu par la pandémie COVID, il s’est déroulé de mai 2021 à mai 2022. Il a rassemblé plus de 17 000 idées formulées et validées par plus de 50 000 contributeurs sur un site web participatif, des panels de citoyens se sont réunis pendant plusieurs mois (aux niveaux européen, national et régional) et une assemblée plénière en a tiré des conclusions sous la forme de 49 propositions synthétiques couvrant plus de 300 mesures.

Nombreuses propositions de la Conférence pour l’avenir de l’Europe

Ces propositions ont été réparties en 10 thèmes. Les trois thèmes qui ont recueilli le plus d’idées sont :

  • Le changement climatique et l’environnement : avec des propositions pour une transition juste assurant la nécessaire protection des travailleurs, pour l’arrêt du financement public des énergies fossiles. Il est aussi demandé que le transport ferroviaire soit plus accessible, plus développé et puisse se substituer au transport aérien.

  • La démocratie européenne : avec des propositions allant dans le sens d’un fonctionnement plus fédéral de l’Europe, pour garantir sa capacité d’action, avec notamment la demande de mettre fin à la nécessité de l’unanimité dans certains domaines au Conseil de l’Union, qui rend difficiles les décisions en matière de fiscalité ou de politique étrangère. Le renforcement du rôle du parlement européen est aussi particulièrement demandé, tout comme une harmonisation des modalités des élections européennes. L’association plus étroite des partenaires sociaux et de la société civile est également réclamée.

  • L’économie, la justice sociale et l’emploi : avec des propositions insistant sur les droits sociaux et la gouvernance économique et sociale, l’économie sociale de marché, le budget européen disposant de ressources propres, l’union fiscale etc.

Les autres thèmes concernent la santé, l’Union européenne dans le monde, les valeurs, l’Etat de droit et la sécurité, la transformation numérique, les migrations, l’éducation, la culture, la jeunesse et les sports.

 

Ces très nombreuses propositions manifestent beaucoup de réflexion et de créativité dans des domaines très variés, avec à la fois des propositions d’orientation générale, et des propositions spécifiques et précises. Dans leur grande majorité elles suggèrent de renforcer l’Union européenne, en allant au-delà des dispositions des traités actuels (par exemple les idées concernant une armée européenne, le fédéralisme, l’abandon du droit de veto au Conseil, l’union fiscale, les pouvoirs du Parlement européen, etc.).

Débats à Strasbourg avec les institutions européennes

Les panels citoyens ont présenté ces propositions à Strasbourg. Dans sa réponse Roberta Metsola (présidente du Parlement européen) a souligné qu’il existait un fossé entre les attentes des citoyens et ce que l’Europe pouvait faire actuellement ajoutant : « c’est pourquoi comme prochaine étape nous avons besoin d’une Convention… il y a des sujets qui ne peuvent pas attendre… c’est le moment d’avancer et non de reculer… ».

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a, de son coté, rappelé que l’Union avait déjà pris nombre d’initiatives qui n’étaient pas prévues par les traités, mais qu’il faudra aller plus loin, « soit en exploitant toutes les possibilités que nous offrent les traités — soit, oui, en modifiant ces traités si nécessaire. ». Mentionnant que « le vote à l'unanimité dans certains domaines clés n'a tout simplement plus de sens », elle s’est engagée à être « toujours du côté de ceux qui souhaitent réformer l'Union européenne afin qu'elle fonctionne mieux ».

Il revenait à Emmanuel Macron de s’exprimer au nom de la présidence du Conseil, c’est-à-dire au nom des Etats membres. Il a apporté son soutien à la proposition du Parlement européen de convoquer une convention de révision des traités, précisant : « Nos règles d'élection, nos règles de désignation de nos représentants, nos règles de contrôle, nos droits d'initiative au Parlement européen, tout cela est ce qui doit être au cœur de cette convention à venir. ». Soulignant sa volonté pour que « cet exercice ne reste pas un exercice de style ou un exemple de méthode, simplement, mais qu'il débouche bel et bien sur des travaux pratiques, des évolutions fortes et concrètes », il a conclu de façon solennelle : « Ce serment de Strasbourg pour une Europe souveraine, unie, démocratique et ambitieuse ; il nous appartiendra d'y être fidèles, tous et toutes ensemble ».

20220509PHT29129_origin

Ainsi, de façon inattendue, par l’ampleur de ses propositions, la Conférence pour l’avenir de l’Europe vient de relancer le débat sur les traités fondateurs. Ce n’est pas la première fois. Après l’échec du projet de constitution en 2005, partiellement surmonté par le traité de Lisbonne en 2007, quelques tentatives furent envisagées, sans suite réelle. Qu’en sera-t-il cette fois-ci ? Le 9 mai les responsables des trois institutions (Parlement, Commission et Conseil) ont accueilli très positivement les propositions, mais le jour même une douzaine d’Etats (principalement pays nordiques ou d’Europe centrale) ont tenu à déclarer que « la modification des traités n’a jamais été un objectif de la Conférence » et ont manifesté leurs craintes face à « ces tentatives inconsidérées et immatures ».

Précédemment le 3 mai, le premier ministre italien Mario Draghi avait demandé que soit « accéléré le processus d’intégration » et défendu un « fédéralisme pragmatique » et un « nouvel élan » pour l’élargissement de l’Union européenne. Le programme du gouvernement allemand (adopté en novembre 2021) s’était prononcé pour : « l’évolution de l’UE vers un Etat fédéral européen, organisé de manière décentralisée selon les principes de subsidiarité et de proportionnalité » avec notamment « les modifications nécessaires des traités ». Emmanuel Macron de son côté vient de suggérer, pour les pays candidats ou futurs candidats, une « communauté politique européenne ». Cette proposition n’a pas retenu l’intérêt des pays concernés, et a semblé dilatoire à l’Ukraine.

Les enseignements de ces deux dernières années

Les jeux ne sont pas faits. La présidente de la Commission a indiqué qu’elle répondrait par de premières propositions dans son discours sur l'état de l'Union en septembre.

A la différence du passé, l’Europe a été contrainte, particulièrement depuis deux ans, de prendre des initiatives qui allaient au-delà de ses règles habituelles. Alors que ses compétences sont très limitées dans le domaine de la santé, les initiatives rapides de la Commission européenne ont permis de commander et de répartir les vaccins face à la pandémie de Covid. De pair avec la suspension des règles limitant les déficits publics, un plan de relance sans précédent (subventions et prêts avec emprunt commun) a grandement limité les effets économiques et sociaux du confinement.

La guerre déclenchée par la Russie en février 2022 a conduit l’Union à prendre des décisions pour accueillir les réfugiés, pour fournir de l’armement à l’Ukraine, et pour sanctionner la Russie. La politique de défense de l’Union européenne se pose maintenant différemment après la décision du Danemark de la rejoindre et après les demandes d’adhésion à l’OTAN de la Finlande et de la Suède. Ces débats, jusqu’alors tabous, sont difficiles entre les Etats membres mais ils sont menés. En mars, l’Union s’est dotée d’une vision commune appelée « boussole stratégique » mais la règle de l’unanimité dans ce domaine, en permettant l’obstruction par un seul Etat, s’avère particulièrement contre-productive. On le voit aujourd’hui avec l’attitude du gouvernement hongrois, ce qui rend les discussions sur un futur élargissement très liées à celles sur la réforme des traités.

Ainsi dans des circonstances souvent dramatiques, les insuffisances et les blocages engendrés par les traités actuels ont été mis en évidence. Des solutions ont pu être trouvées mais souvent complexes et incomplètes. Cette expérience récente et partagée peut nourrir réflexions et analyses pour en tirer, en commun, des enseignements.

Contrairement aux arguments de campagne électorale en France, exaltant la « grandeur nationale face à Bruxelles » ou prônant la « désobéissance aux règles européennes » le débat porte bien sur le renforcement de l’Union européenne. L’enjeu est la capacité de l’Union à décider et à conduire des politiques pour faire face aux défis internes et mondiaux auxquels nous sommes confrontés : la paix, la maitrise du climat, la justice sociale, la démocratie.

Commission Europe, 7 juin 2022

Posté par DELEGUE AS à 17:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

06 juin 2022

Lecture pour temps de doute

Musulmane, disciple du ChristChahina-Marie BARET , Musulmane, disciple du Christ, postface de Mgr Gilbert Aubri, évêque de La Réunion et Omero Mariongou-Perria, théologien musulman, Edition Fidélité SJ, 2022, 112 p , 13€.

Chahina-Marie a grandi dans une famille indo-musulmane chiite sur trois îles : Madagascar, Maurice puis La Réunion. Arrivée en métropole à 15 ans, interne dans un lycée catholique, elle découvre l'aumônerie. Elle se convertit au Christ sans jamais rien renier . Baptisée, elle deviendra enseignante d'enfants en difficulté.

En 20 petits textes, elle retrace son parcours, familial, relationnel et spirituel, illustré par de nombreuses citations du Coran, des deux Testaments, de Christian de Chergé, de Joseph Moing ou d'autres . En voici quelques extraits.

« Je m'appelle Chahina-Marie.

Ce trait d'union dit qui je suis : convertie – sans avoir jamais renié une seule facette de mon identité travaillée par de multiples cultures et un tissage de deux religions dont les fils s'entrecroisent pour former une même trame. Des fils dont la coloration particulière se nuance et se déploie en des teintes variées. » p. 3

«  J'ai découvert le dialogue, la rencontre, le vrai et grand djihad, celui qui pousse à devenir meilleur croyant grâce à l'autre, en approfondissant sa propre foi au contact de l'autre croyant. » 9

«  J'avais un besoin irrépressible de revenir dans ma famille, dans ma communauté. Prendre des forces pour ressortir était vital. Comme je comprends tous ces migrants qui ont bresoin de retrouver une communauté, des parents, dans un même quartier. » 38

« Partir pour me retrouver. Va vers toi-même. C'est bien à cet appel, comme Abraham, que j'ai répondu. Va quitte ton pays, Va vers toi-même. […] Je devais inventer mon propre chemin avec les clés reçues de ma tradition, le tracer, oser cette sortie de route, ce pas de côté, et trouver mon propre équilibre . » 36

«  Le plus déstabilisant pour moi fut de comprendre que le ''Livre'' , les lieux, les rites ne sont que des médiations ! La tradition n'est pas figée. Elle n'est pas un musée : je pouvais la manipuler, la travailler, la décortiquer, la réinterpréter. Petit à petit, je me détachais des prescriptions pour vivre de la foi. Trouver Dieu en toutes choses et en toutes relations va prendre toute la place dans ma vie. » 42

«  La lutte qui se vivait en moi entre ce que je désirais au plus profond et la peur qui m'empéchait d'avancer n'avait de cesse et de répit.[...] Comme Jacob, je luttais : moi non plus, je ne lâcherai pas ! Il fallait que j'aille jusqu'au bout et LUI aussi : bénis-moi, dis-moi quelle merveille je suis à tes yeux! Bénis-moi, dis-moi, marque-moi de ce sceau dont j'ai besoin et que je puisse avancer, marcher même en boitant. Boiter n'est pas pécher !» 48

«  Je me suis convertie au Christ qui, un jour, m'a saisie et qui, depuis, ne me laisse pas tranquille... Il a fait de moi une personne libre, subversive et résolument ancrée dans la réalité d'un monde moderne. Il m'a dit que j'étais pour lui et surtout qu'il était pour moi . » 52

«  ''Si Dieu est vraiment unique, le Dieu de l'Islam et le Dieu des chrétiens ne font pas nombre'' ( Christian de Chergé). Différents chemins nous mènent vers Dieu. Il veut que nous soyons debout. Son seul projet est notre joie en abondance .» 69

«  Si le Dieu chrétien est relation, s'il se dit, se vit dans le concret de nos existences, s'il est un Dieu-pour-nous dans le but d'humaniser l'homme et la société, alors la force de l'évangile consiste à permettre à tous d'entrer dans ce type de relation en se tournant particulièrement vers tous ceux qui, sur notre route, ont du mal à se tenir debout, ont besoin de retrouver confiance en eux et dans la vie, et d'oeuvrer avec tous les hommes à la paix et à la réconciliation. En fait, cela donne du poids à l'incarnation et à la mort sur la croix du Christ. » 80

«  Conclusion

Depuis toujours, le Seigneur était là et je ne le savais pas. J'ai eu la grâce de vivre des événements, de faire des expériences, d'avoir accès à des sources qui m'ont permis de laisser ce désir trouver sa source en Christ. Les conditions étaient réunies dans ma tradition première pour que le Seigneur fasse son travail. Les personnes qui ont été mises sur mon chemin ont alors pu réunir les conditions pour que se fasse cette rencontre intérieure avec le Christ. Il a établit sa demeure en moi.

Ad Majorem Dei Gloriam. » 93

______________________

C'est le livre de sa vie et de sa foi que Chahina-Marie Baret confie au lecteur. La lecture en est facile et l'investissement en vaut la peine.

Etienne FAUVET , 24 mai 2022

Posté par DELEGUE AS à 18:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

07 mai 2022

Lecture pour temps de trouble

CyrulnikBoris CYRULNIK, Le laboureur et les mangeurs de vent. Liberté intérieure et confortable servitude, Odile Jacob, 2022, 260 p., 22,90€

Boris Cyrulnik est neuropsychiatre et auteur bien connu de nombreux ouvrages. Condamné à mort à 7 ans parce qu'il était un enfant juif. «  Pourquoi certains deviennent-ils des ''mangeurs de vent'' , qui se conforment au discours ambiant, aux pensées réflexes, parfois jusqu'à l'aveuglement, au meutre , au génocide ? Pourquoi d'autres parviennent-ils à s'en affranchir et à penser par eux-mêmes ? »

A travers son expérience médicale de la petite enfance, ses réflexions sur les violences du XX° siècle, il nous montre aujourd'hui comment on peut penser, agir contre l'emprise de la société et des médias, trouver le chemin de la liberté intérieure, dans l'appartenance. Tout ceci, en se référant à l'histoire des XX° et XXI° siècles, en citant de nombreux auteurs, tels Edgar Morin , Geoges Orwel, Hannah Arendt, etc

L'ouvrage se présente comme une suite de petits textes sur un thème particulier ; par exemple : « Apprendre à voir le monde. Aimer pour penser. Croire au monde qu'on invente. Toute-puissance du conformisme. Epidémies et nuages de croyances. Douter pour évoluer. Attachement et raison. Liberté intérieure », etc. Il est donc difficile d'en faire le résumé. Mais je vous en propose quelques extraits significatifs.

Quelques remarques :

« Méfions-nous des idées claires, elles sont réductrices. »

     « Quand la vérité est seule, elle ne se négocie pas. »

     « Nous sommes tous déterminés par ce que notre entourage nous raconte. »

« Quand on pense comme tout le monde, on évite les conflits » p 257

«  Il faut que l'autre ne soit pas un homme pour qu'on puisse le tuer sans culpabilité » 230

«  Lorsqu'un groupe humain a besoin de héros, c'est qu'il est en difficulté et espère qu'un sauveur viendra le protéger. »

Les chances de l'appartenance

« Le sentiment d'appartenance est nécessaire, délicieux et dangereux. […] Nous avons besoin des autres pour nous donner la force de devenir nous-mêmes. » 74

« L'enfant commence à s'autonomiser parce que dans sa mémoire il a reçu l'empreinte de l'adulte. Pour devenir soi-même, il faut avoir été imprégné par un autre  […] pour penser par soi-même, il faut avoir été avec les autres. » 169

«  L'appartenance est nécessaire au développement du corps et de la pensée d'un enfant. Mais quand elle mène à la dépendance, le sujet n'accède pas à sa liberté intérieure, il continue à adorer celui (celle) qui le conduit à la servitude. »119.

«  La mémoire est intentionelle, chacun va chercher dans le passé les faits réels qui confirment sa manière de voir le monde. » 197

«  Se soumettre à l'autorité. L'interdit est nécessaire pour une bonne socialisation. C'est une structure affective qui nous permet de contrôler nos pulsions. Le simple fait de ne pas tout se permettre donne une place à l'autre et nous aide à vivre ensemble sans violence. Les énoncés auxquels il est moral d'obéir sont différents selon les cultures. «  246

Les risques de l'enfermement

« Qand on se sent voué au malheur, on cheche les causes de cette souffrance et on accuse le bouc émissaire, ce qui aggrave le malheur :'' C'est la faute à Voltaire ... à ma mère ... aux étrangers ... aux mécréants … à l'élite... aux abrutis... » 119

« Désigner un agresseur provoque un étrange bien-être, une bonne opinion de soi, une clarté qui n'a pas besoin de validation. Le courant qui emporte ces idées suffit à donner du bonheur aux mangeurs de vent qui se nourrissent de phrases toutes faites.

Les laboureurs qui ont les pieds sur la terre construisent une réalité différente. Leur savoir laborieux est attaché au réel, comme l'expérience du maquignon qui est le seul à voir que son cheval boite. »89

«  C'est ainsi que s'initient les relations d'emprise : ''Je vais t'imposer ma loi pour que tu sois heureux'', dit le tyran domestique. '' Faites ce que je vous dis, vous sauverez votre âme'', dit le gourou. ''c'est moi ou le chaos'', dit le dictateur. » 134

« Abusive clarté. La pensée radicale est tellement claire qu'elle devient abusive, elle fait voir ce que l'on pense, elle réduit un homme a l'acte monstrueux qu'il a commis. »p 55

« Quand on accepte comme une parole intouchable  la vérité venue d'un chef religieux, idéologique ou scintifique, il n'y a ni évaluation ni culpabilité : l'orde règne. Et quand la réalité devient insupportable on évite les mots qui auraient permis de la voir. »  83

« La certitude mène à la brutalité relationnelle, puisqu'il faut être de mauvaise foi pour ne pas croire ce que je crois, dit le croyant absolu qui ne doute jamais. […] C'est ainsi qu'on peut aimer la servitude qui nous libère de l'angoisse du choix. Le danger de la soumission heureuse, de la pensée tranquillisante de la liberté, c'est qu'on voit un monde de plus en plus clair, puisqu'on n'a plus à hésiter. » 211

La nécessité de réagir

«  Quand les récits ignorent les autres cultures et les autres croyances, ils isolent le croyant et l'enferment dans un délicieux délire. […] Quand on se dit croyant, on admet l'incertitude puiqu'on reconnaît qu'on ne peut que croire et non savoir. Mais quand il n'y a plus de doute et que le récit devient dogmatique, on trouve des justifications morales pour imposer sa vérité. ''Il faut être fou pour ne pas croire ce que je crois'' dit le paranoïaque. » 75

«  Douter pour évoluer. Il faut douter pour explorer. La certitude arrête la pensée et routinise la récitation. Bien sûr, pour passer à l'acte et entrer en relation , il faut avoir un moment de certitude […] Pour s'engager dans la vie, il faut avoir quelques certitudes, mais il faut qu'elles soient évolutives, de façon que nous soyons prêts à changer quand change le contexte. » 204

« Quand la relation évolue, ou quand la structure sociale se modifie, les décisions à prendre ne sont plus les-mêmes. Le doute facilite l'innovation, la nuance n'est pas une mollesse intellectuelle, c'est une souplesse d'esprit, une ouverture sur une autre possibilié, l'exploration d'une autre planète mentale. » 205

En conclusion

«  Nous possédons les outils pour agir sur le réel qui agit sur nous. C'est un degré de liberté,   donc de responsabilité »

 

Résumé par Etienne FAUVET, 27avril 2022

Posté par DELEGUE AS à 09:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

20 avril 2022

Lecture pour temps d'élections...

Sauvons-le-debat

Didier POURQUERY, Sauvons le débat. Osons la nuance, La Cité, 2021, 235 p. 19 €

 

Didier POUQUERY est journaliste ( La Tribune, Libération, Le Monde) et auteur de 10 récits et essais sur la vie politique de notre démocratie. Il tire de son expérience qu' « apprendre à débattre en écoutant soigneusement l'autre et en affinant ses propres arguments semble plus utile que de gagner au fight spectaculaire de ''celui qui a toujours raison'' »

Dans cet essai, il analyse la situation politique et communicationnelle de la France actuelle où « sur tous les écrans le débat tourne au catch, où le contexte politique semble pousser à l'affrontement incessant, où de nouvelles idéologies se bousculent … oui, nuancer semble essentiel pour sauver l'art de la conversation et l'hériage des Lumières ».

Il navigue dans l'actualité, des gilets jaunes à Greta Thumberg, des réseaux sociaux à Google, en passant par la pensée d'Héraclite, de Montaigne, de Camus et de beaucoup de contemporains.

Ses propos se déclinent de la façon suivante en 4 chapitres principaux, d'où j'ai choisi ces quelques extraits significatifs que je vous ''propose'' à mon tour .

Introduction. Ce qu'on appelle le débat

«  Journaliste avant tout...Confronté à des polémistes surfant sur la mauvaise foi et les idées extrêmes, je comprenais les codes du combat mais je n'avais pas envie de les utiliser. Je voulais toujours... donner la préférence à la nuance. » p 17

«  Voilà ''d'où je parle'' […] Partager du savoir pour que les débats soient moins creux ; en finir avec ces jugement hatifs,s'appuyant sur rien, ces informations non vérifiées, ces slogans grimés en vérités... tous ces bruits inutiles. »20.

Chap 1 . Vous sentez la nuance ?

« Dans un univers changeant, tout en degré et en divergences, un point de vue trop tranché, une proposition massive et univoque ne peuvent être que la marque de l'ignorance et de l'erreur » 47

« A la fin, il faut trouver des compromis. […] En démocratie personne n'a raison, personne n'a tort, tout l'intérêt c'est de dialoguer pour touver un terrain commun pour avancer ensemble » 58

«  Nos réponses, nos opnions et notre engagement par rapport à toutes les situations que nous vivons sont le plus souvent des façons pour nous de défendre l'image de nous-même que nous croyons devoir projeter au regard des autres » 76

« Comment nos institutions démocratiques pourraient-elles encore jouer un rôle s'il n'existe plus d'espace commun ni de discussion partageable à l'échelle de la nation? » 80

Chap 2. La machine à tuer la nuance.

« Les plateaux télé et les réseaux sociaux sont des lieux de manichéisme exacerbé où la haine pure coule à flot. Elle est aussi là, la guerre .» 81

« Simple : l'attention est le plus souvent prise au piège de l'émotion […] , l'indignation, la moquerie, l'adhésion agréable à un message , par exemple. L'attention fait en permanence des sélections entre tous les messages qui parviennent à l'individu, choisit ce qui va le satisfaire, lui causer du plaisir sur le moment.» 115

« On observe une radicalisation des opinions à travers les réseaux, où le débat devient un combat, et du combat on passe au ''comment j'abats l'autre, je le dénigre en tant que tel, je l'essentialise'', et il n'y a plus de dialogue possible . »120

«  Aujourd'hui, la nuance ne semble nulle part convoquée dans les réseaux digitaux et les médias en ligne. Peut-elle encore s'introduire dans ce paysage pour en adoucir les contours abruts et recréer du dialogue là où le combat s'est imposé ? Oui, je le crois. »124

 

Chap 3. les combats de la nuance

« Si les forces adverses de la nuance sont légion, la nuance elle-même est suffisament équipée pour se défendre contre cinq maux qui l'occupent principalement : l'urgence, l'arrogance, la violence, l'offense et la défiance.128

L'urgence, parce qure le numérique a accéléré les temps de réaction attendus par les individus dans tous les forums où ils échangent. »128 « l'arrogance semble donner de la crédibilité aux propos mais c'est un leurre » ; « La violence cherche à imposer une vision unilatérale des problèmes et des solutions » ; « l'offense quant à elle, est désormais la posture qui justifie bien d'autres excès. » « la défiance, voici la cohorte de ceux qui ne veulent plus rien accepter venant d'en dehors de leur sphère. On se rapproche de l'ignorance véritable. »130

« La nuance n'empêche pas la lutte sociale, idéologique, intellectuelle ! La nuance permet la crédibilité du discours et le débat audible ! Tout remettre en cause sans limites, c'est donner libre cours à notre cerveau émotionnel et en perdre la raison. » 155

« Mais comment modérer un échange basé sur l'émotion ? […] La distinction et le discernement sont les clés de la nuance. » 164

«  La défiance de son côté est une attitude de méfiance systématique, pour tout et pour tout le monde , qui conduit à un repli sur soi (ou sur sa bulle) et sur ses croyances. La défiance peut finalement se traduire par une sorte d'immaturité rebelle, butée, un conformisme négatif absolu qui fait glisser le défiant... vers le complotisme le plus bas du front. » 187

 

chap.4 Abécédaire de la nuance en action

«  Est-ce que nous attendons de notre démocratie, ce mélange de hurlements, d'invectives, de cynisme arrogant et de manipulation ? C'est le moment de réagir, j'en suis toujours plus persuadé.[...] Au travail donc ! Réintroduire de la nuance ne va pas être facile mais reste possible. » 194

«  Je dis seulement qu'il faut refuser toute légitimation de la violence, que cette légitimation lui vienne d'une raison d'Etat absolue, ou d'une philosophie totalitaire .» 205

Epilogue

«  C'est bien de faire l'éloge de la nuance, de constater qu'elle nous manque, mais c'est bien aussi del'aimer ( Etienne Klein) » 216

«  Personne ne dit que ce sera facile. Mais, en reprenant les mots de Mona Ozouf, '' Apprendre la patience, la tolérance et la nuance'' est devenu une nécessité. » 220

 

En cette période agitée et prréocupante où les chrétiens vivent la mort et la vie de Jésus, que ces quelques notes allient en vous l'optimisme de la volonté au pessimisme de l'intelligence.

 

Etienne FAUVET, 11 avril 2022

Posté par DELEGUE AS à 18:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


15 avril 2022

J'ai lu.... une BD passionnante

BD terre

JANKOVICI, BLAIN, le monde sans fin, Dargaud, 2021, 193p.

Jean-Claude Jankovici est l'auteur du texte, Christophe Blain le dessinateur. Le premier est professeur à l'Ecole des Mines et fondateur du Shift Project, think tank «  qui œuvre en faveur d'une économie libérée de la contrainte carbone. » Les deux sont des auteurs connus.

Ils ont «  goulûment cédé au plaisir de la parodie en faisant appel à Iron Man dans une vision humoristique et caricaturale du fameux super-héro créé par Stan Lee en 1963. »

Cette BD conjugue avec brio le plaisir des yeux dans la forme et la solidité de la réflexion de fond sur la complexité de nos sociétés industrielles qui se précipitent dans le mur du mal développement , sous le regard résigné de la Terre Mère !

Il est difficile de résumer une BD. En faisant appel , tour à tour, à l'évolution des populations mondiales, l'histoire, l'économie, les politiques et les mentalités sociales, elle aborde sucessivement les chapitres suivants :

  • L'énergie et ses différentes utilisations depuis le bois, en passant par le charbon, le pétrole et le nucléaire jusqu'à l'hydrogène.

  • Le climat et ses évolutions dans le temps long des millénaires et le temps court de l'ère industrielle.

  • Les énergies non carbonées, leurs avantages et leurs inconvénients. 

  • La culpabilité des humains quand ils prennent conscience de leurs façons de gérer : les transports, l'alimentation, les achats d'objets ou de services... où il faut choisir entre besoins indispensables et désirs illimités

  • La difficulté de fonctionnement du cerveau humain, avec ses hémisphères d'intelligence et de plaisir, qui pousssent l'un et l'autre dans des sens différents... et souvent opposés.

Toute cette complexité est décrite avec de multiples tableaux statistiques où l'humour agrémente le sérieux du propos l Au fil des 193 pages format 24 x 30, l'actualité des changements, climatique et social, prend vie. Sous le regard dubitatif de la Terre Mère qui regarde , en tous sens, ses enfants s'agiter en murmurant : «  Tu ne pourras jamais me sauver , si tu ne te sauves pas toi-même» p 164

« Est-ce la fin du monde ? Pas tout de suite. »

«  Il faut croire et agir pour des choses qui ont des chances de se réaliser... affronter ensemble les problèmes et se mettre d'accord sur les modalités. » p192

Voici une lecture instructive, motivante et agréable. De quoi donner du goût à un printemps difficile en Ukraine et ailleurs... et aux échéances électorales.  Pourquoi s'en priver ?

 

Etienne FAUVET

15 mars 2022

Posté par DELEGUE AS à 18:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

08 avril 2022

Contribution de l'Antenne à la Synodalité

 

the-three-magi-160632_640Nous avons avant tout besoin d'une Église capable « de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile » (Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps, Gaudium et Spes, Vatican II, 4, 1.)

 

La Pensée Sociale Chrétienne est centrale pour l'annonce de la Bonne Nouvelle.

Ce n'est pas conjoncturel. A travers ses différentes situations et celles de l'ensemble de ses membres, l’Église doit valoriser particulièrement sa riche Réflexion Sociale. Elle est exprimée notamment dans les encycliques, mais aussi à travers nombre d'écrits d'intellectuels chrétiens, ou d'actes engagés en faveur des petits, des pauvres, des humiliés. Plus que jamais, ce monde déboussolé est soumis à des périls collectifs qui le dépassent, et il cherche une pensée cohérente, parlante, qui n'ajoute pas une couche d'ésotérisme à la complexité ambiante, mais au contraire permette de lui donner sens en l'éclairant par le haut.

Aussi, dans la prédication et les catéchèses, il est devenu urgent de révéler largement ce « trésor caché », d'en faire enfin le cœur du discours, pour que sa richesse et sa cohérence soient comprises et nourrissent des vocations.

L'Eglise n'est pas pour elle même, mais pour le monde.

Avec le fort repli clérical et moraliste de ces dernières années, les évêques sont devenus des pasteurs inaudibles. Nous souhaitons que l’Église devienne une grande entreprise de formation permanente à la façon d'être ensemble au monde, car la communion active des hommes est un lieu privilégié de la manifestation de Dieu.

Nous aimerions que dans ses liturgies, et par ses services, elle manifeste avant tout la Miséricorde, qu'elle respecte la Dignité de chacun, qu'elle pratique la Subsidiarité, qu'elle ne bataille pas pour son identité, mais pour le Bien Commun.

Dans l’Église en quête du Bien Commun, donc au service de l'ensemble de la famille humaine, les chrétiens ne doivent pas être soucieux du devenir d'une communauté fermée, mais accueillir, ouvrir les bras, donner à chacun toute sa place (femmes, laïcs, blessés de la vie, divorcés, ...).

Développer hardiment l’œcuménisme et chercher, même en son propre sein, des voies de dépassement des différentes sensibilités religieuses qui cristallisent sous forme d'inutiles crispations, seraient un véritable enrichissement pour tous.

L'apostolat des laïcs est essentiel et l’Église doit fortement encourager leur engagement social, économique, politique au regard des valeurs évangéliques et de leur traduction dans la Pensée Sociale Chrétienne.

Les structures de gouvernance et de communion doivent être adaptées à l'époque.

Il faut reconnaître l’organisation paroissiale, ses mérites et ses difficultés. Mais d'autres champs d'expression existent, en particulier des associations et mouvements, qui sont l’Évangile en action. L’Église peut aussi rayonner hors des lieux consacrés, et au plus intime de l'humanité, en encourageant avec force et bienveillance ces mouvements variés, adaptés, et flexibles, creuset vivant et ouvert où se forgent les notions de Bien Commun et de Dignité de la personne. Leurs dirigeants pourraient être associés à la gouvernance globale, par exemple au sein d'une CEF élargie.

Le développement des démarches synodales peut être un outil puissant d'évolution des idées et des organisations, et de dépassement de la « perversion cléricale » (Pape François, colloque sur le sacerdoce, 17/02/2022). En intégrant largement les mouvements, lieu d'élection privilégié des laïcs engagés, et par leur nature même de processus, ils faciliteront l'évolution des organisations pour répondre aux réalités de leur temps et aux besoins des hommes.

C'est ainsi, en assumant pleinement son discours social, en chaire comme sur le terrain, et en plaçant la dynamique au dessus de la forme, que l’Église marchera aux côtés du monde, en réglant patiemment son pas sur sa marche trébuchante, pour l'emmener plus loin.

Antenne Sociale de Lyon, 29 mars 2022

Posté par DELEGUE AS à 18:41 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

31 mars 2022

Pour quoi voter? une réflexion chrétienne

Capture d’écran 2022-03-31 102246

Nous sommes appelés à voter pour l’élection du président de la République en avril et des députés en juin.

Mais la guerre fait rage en Europe avec l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes, la pandémie de COVID n’est pas terminée et le réchauffement climatique continue à menacer notre planète.

Associations et mouvements chrétiens engagés dans la société, nous sommes dans le même temps témoins d’efforts pour la paix, la justice, la santé, la préservation de l’environnement, la fraternité.

 

Que faire ?

  • S’informer est une nécessité pour comprendre le monde qui nous entoure.

  • Agir avec solidarité dans notre voisinage comme avec les associations, mouvements qui interviennent au plan local, national ou international.

  • Voter, pour influer sur les décisions qui seront prises.

 

C’est le moment de s’interroger et d’interroger les choix des candidats sur leurs projets en examinant comment ils proposent de relever les défis auxquels nous sommes confrontés.

...... Lire la suite sous format PDF

Posté par DELEGUE AS à 10:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

25 mars 2022

Elections : Synthèse des ateliers du 10 mars 2022

Le jeudi 10 mars, 27 personnes se sont réunies à Saint-Alban à l'appel de l'Antenne Sociale de Lyon et du Secours Catholique, pour travailler en petits ateliers sur les questions qu'un chrétien devrait se poser au moment de voter. Il était impossible d'épuiser la variété des thèmes possibles, aussi quatre ont été retenus, qui paraissaient centraux ; Pouvoir d'achat / Pouvoir de vivre, Migrants : quelle fraternité universelle ?, Écologie, quelles priorités ?, Débat démocratique : comment ne pas démissionner ?

 

Pouvoir d'achat / Pouvoir de vivre :

Malgré la variété des allocations de solidarité, les situations personnelles sont en France le lieu de grandes disparités, avec pour beaucoup une précarité dramatique. Les personnes ne demandent pas vraiment l'égalitarisme, mais avant tout la sécurité et la stabilité, la fraternité aussi pour dépasser le stade de la survie.

Les mesures de « pouvoir d'achat » classiques ne suffisent pas. Il serait essentiel que des programmes nationaux proposent un véritable projet de société, désigné grande cause nationale, autorisant pour chacun un projet de vie. Ce programme devrait s'appuyer sur le concept du reste à vivre digne, et sur la force des initiatives de terrain associatives et locales, seules capables de mettre en œuvre concrètement la Fraternité.

Migrants, quelle fraternité universelle ? :

L'exil contraint est une réalité aussi vieille que l'humanité, toujours conséquence directe d'une actualité violente. Mais face à de tels mouvements, les peurs et les sentiments racistes font oublier que tout migrant est d'abord notre frère en humanité. La politique d'endiguement et de criminalisation incarnée par Frontex, s'avère inhumaine, coûteuse et inefficace.

L'accueil est un devoir, mais nous nous sentons démunis face aux plus démunis. Il y a besoin de formation et de soutien associatif. Les politiques publiques doivent faciliter l'implication des bonnes volontés, en s'y montrant favorables, et en créant les bonnes conditions administratives. Elles doivent élaborer des procédures de contrôle aux frontières empreintes d'humanisme et de solidarité. De façon plus radicale, le politique doit agir à la source sur le modèle économique et social qui crée les inégalités, les conflits et les déséquilibres de toute nature. Il s'agit bien d'une conversion globale.

Ecologie, quelles priorités ? :

L'écologie propose aux humains un mode de vie raisonné dans le respect du milieu qui les accueille. Des défis existentiels s'imposent aujourd'hui, tels que le réchauffement climatique, ou la gestion des déchets de toutes natures.

Les moyens d'action mobilisent des ressources spirituelles, sociales et politiques. Il ne s'agit pas d'imposer simplement des contraintes, mais de créer un consensus social autour de mesures réalistes et partagées, dans la perspective du Bien Commun. Politiquement, cela devrait se traduire par une place accrue de l'écologie dans les principes de gouvernement. La nécessaire sobriété qu'il faut construire exigera de se fonder sur une spiritualité renouvelée.

Débat démocratique, comment ne pas démissionner ? :

La pratique démocratique ne permet plus un débat réel, en raison de l'accélération des informations, du court termisme, et du poids croissant de l'émotionnel qui nuit à la construction du raisonnement. La centralisation du pouvoir est un facteur d'appauvrissement du débat.

L'enjeu serait de donner à chacun une possibilité d'expression, en s'appuyant sur les corps intermédiaires et les nouveaux moyens de mobilisation propres à la jeunesse. Une nouvelle mise en pratique de l'idée de Subsidiarité s'impose ainsi, descendante pour dynamiser la démocratie de terrain, proche des besoins, et ascendante aussi, car de nombreux sujets requièrent des actions supranationales, notamment de niveau européen, qu'il faut développer et consolider.

 

En conclusion, dans un contexte bouleversé, il faut que se dégage un projet de société qui allie réalisme et ambition pour changer les modèles dans un esprit de solidarité, soucieux de la dignité de chacun.

Posté par DELEGUE AS à 12:36 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

18 mars 2022

Réflexions sur l’Ukraine éclairées par la Pensée sociale chrétienne

kharkov-4398653_640

 En partant de l’Evangile de la Tentation (Luc 4. 1-13) :

 

Tentation de la richesse matérielle, du pouvoir, de la défiance de Dieu, tout cela relève de la démesure, l’hybris des Grecs, et nous dit quelque chose de l’Ukraine dans cette violence guerrière, dont la seule justification est le pouvoir au détriment des peuples, de l’humain.

 

Bien commun : c’est pouvoir s’élever au-dessus des intérêts des états, des débats nationalistes, des égoïsmes , des ambitions particulières, accepter des concessions au nom d’une morale de sauvegarde de la paix.

La paix, bien commun premier, c’est le droit à un bien-être économique, social, politique qui garantisse un vivre ensemble.

La paix c’est accepter la discussion, l’écoute de l’autre, privilégier le compromis.

Dignité de l’homme : quand la soif de grandeur, de revanche, quand l’affirmation identitaire l’emportent sur l’humain. Comment justifier que la vie de tant d’hommes soit sacrifiée ? Les aléas de la diplomatie ne sauraient justifier la souffrance de population, chassées de leurs terres, condamnées à s’engager militairement au risque de leur vie. La distance entre dirigeants et peuple débouche sur l’instrumentalisation, au détriment du respect de l’homme.

Subsidiarité : donner aux instances internationales la place qui leur revient, au lieu de discussions bilatérales, ces instances devraient pouvoir être le lieu des échanges, des négociations.

Solidarité : à l’échelle individuelle, les rassemblements, les aides diverses disent notre sentiment de compassion. La solidarité se noue sur une peur commune, la guerre peut s’étendre et le sort des Ukrainiens peut préfigurer celui de tous les Européens. On est davantage solidaire avec le proche qu’avec le lointain, les conflits en Afrique sahélienne, au Proche-Orient nous mobilisent moins. Mais, au-delà de cette solidarité par intérêt, il y a aussi le partage des souffrances et la volonté de les soulager car l’Ukrainien est frère.

 Bernadette Angleraud

Posté par DELEGUE AS à 08:54 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,