" à vous l'antenne !" ______________ANTENNE SOCIALE de LYON


09 décembre 2018

Éthique de conviction et éthique de responsabilité

autumn-1534189_640Max Weber écrivait dans Le savant et le politique que se sont « deux maximes totalement différentes et irréductiblement opposées » tout en reconnaissant que la distinction « n'épuise pas le sujet ». Un membre de notre Commission sur le Politique a réfléchi sur ce que ces deux termes signifiaient pour lui :

Ce nest pas l'un ou l'autre mais bien une dynamique qui fait que mes convictions sont au service de la responsabilité nécessaire pour qu'un agir soit possible. Agir réaliste mais qui reste toujours animé par mes convictions. Je préfère penser que j'en rabats sur mes certitudes pour donner sens à mes convictions.

Mes convictions, elles me viennent de mon histoire construite par mes parents, mes formateurs et mes compagnons de route et d'engagements. Elles sont ce qu'est la pensée sociale chrétienne pour qui la dignité de toute personne est irréductible, où la solidarité et l'option préférentielle pour les plus vulnérables est la pierre milliaire de ce que je crois. Alors, même si je ne suis pas toujours au rendez-vous de ces convictions, cela n'annihile pas mon propos.

Ensuite pour que convictions et responsabilité soient opérantes, il faut me mettre en relation ; je n'existe même qu'en relation et donc dans un dialogue avec l'autre, les autres. Ici apparaissent alors des conditions ou des références. Si le mot éthique est en regard de conviction et de responsabilité cela appelle à faire un choix sur le sens du mot, ici je fais le choix de Paul Ricoeur et de son triangle : l'éthique a pour visée une vie bonne dans des institutions justes avec et pour autrui. Sont ainsi unies dans la même préoccupation la personne, les autres et les institutions qui nous réunissent.

Nous voici donc avec un beau matériel entre repères éthiques et obligations d'agir en situation. Et parce que cela appelle le commerce avec les autres, de nouvelles nécessités apparaissent pour donner sens et corps à ce dialogue ouvrant un espace au nécessaire compromis quand les options de chacun sont d'abord divergentes, voire amèneront au constat de la persistance de « différents insolubles » comme le dit Jürgen Habermas.

Ici je choisis de partager les conditions du dialogue selon le cardinal Parolin qui sont

-  la force de l'identité, il s'agit de charpenter l'argumentation, se former, donner corps à ses convictions, il ne s'agit pas de se « blinder » mais d'être confiant en ce que l'on croit pour savoir le dire,

- le courage de l'altérité, c'est à dire la reconnaissance de la part de vérité chez l'autre.  Ainsi, comme le dit Pierre Claverie, évêque assassiné : « Non seulement j’admets que l’autre est autre, sujet dans sa différence, libre dans sa conscience, mais j’accepte qu’il puisse détenir une part de vérité qui me manque et sans laquelle ma propre quête de vérité ne peut aboutir totalement. »

- la sincérité des intentions, il s'agit ici, bien sûr, d’honnêteté intellectuelle et spirituelle. Et une des intentions premières c'est d'envisager la finalité du débat et non le débat pour vaincre l'autre. Il s'agit d’œuvrer pour le bien commun qui n'est pas l'addition des intérêts particuliers mais un espace pour rendre demain possible pour tous et d'abord pour les plus vulnérables.

Luc Champagne, commission sur le Politique

Nous vous recommandons à cette occasion de vous replonger dans  le débat de haute tenue que l’Antenne a organisé le 14 mars 2018 sur Les choix éthiques pour vivre en société.

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05 décembre 2018

Elections du Parlement européen: C’est bientôt !

Comment vont se passer les élections en France ?

Les élections européennes se dérouleront dans les différents pays de l’Union européenne entre le 23 et le 26 mai 2019. Les citoyens européens sont électeurs et peuvent être candidats dans leur pays de résidence.

En France, on votera le dimanche 26 mai 2019 pour élire nos79 députés européens (5 de plus que précédemment), avec un changement majeur : l’abolition des circonscriptions régionales et le retour à une circonscription unique. Les listes nationales seront paritaires entre hommes et femmes. Les listes recueillant plus de 5% des suffrages exprimés bénéficieront d’une représentation proportionnelle à leur nombre de voix.

Revenir à une seule circonscription nationale a deux graves inconvénients :

- il ne rapproche pas les députés de leurs électeurs ;

- le débat électoral risque d’être encore davantage dominé par les préoccupations nationales au détriment des enjeux européens.

parliament-1564427_640Un Parlement nombreux, mais organisé

Le Président de la République avait proposé que les sièges laissés vacants par les Britanniques soient attribués à la proportionnelle à des listes pan-européennes. Le Parlement européen a rejeté cette proposition pour 2019. Le nombre total de députés européens se trouvera donc réduit à 705 députés au lieu de 751 précédemment.

Un parlementaire européen ne peut exercer aucune autre fonction dans les institutions européennes et ne peut être ni membre de son gouvernement national, ni parlementaire dans son pays. La durée de mandat des parlementaires européens est de 5 ans. Les députés élus peuvent rejoindre ou créer un groupe politique au niveau européen.

Un rôle législatif majeur

La Commission européenne présente des propositions de loi (directives), que les députés européens (représentant les citoyens) amendent et votentdans une procédure dite « ordinaire » ou « co-décision » avec le Conseil des ministres de l'Union européenne (représentant les Etats). Les directives concernent un des 80 domaines de compétence du Parlement: les affaires étrangères, l'emploi, l'environnement ou encore l'agriculture en font partie. Les députés ne peuvent être partout, ils se répartissent en vingt commissions parlementaires permanentes spécialisées, où ils auditionnent des experts, élaborent des rapports, font des propositions législatives, et négocient avec le Conseil de l'Union européenne, notamment pour le budget annuel de l'Union européenne.

Le Parlement peut simplement donner son avis (droit de la concurrence), et même opposer un veto dans des domaines tels que le budget, l'adhésion d'un nouvel Etat membre de l'Union, ou la signature d'accords internationaux. Par exemple en 2012, il a refusé l'Accord commercial anti-contrefaçon (ACTA), qui touchait aux libertés numériques.

Le Parlement élit et contrôle la Commission européenne

Le Président de la Commission européenne est élu par le Parlement sur proposition du Conseil européen (chefs d’Etats et de gouvernements). Le chef de file du groupe ayant recueilli le plus de voix lors des élections a vocation à occuper cette fonction. Ce fut le cas, en 2014, pour Jean-Claude Juncker du PPE (Parti populaire européen). Pour 2019, le Parlement européen s’est engagé à respecter cette règle non-inscrite dans les Traités fondateurs, et qui gêne les Français de la République en marche. De plus les futurs commissaires européens sont individuellement auditionnés par les Commissions parlementaires avant que l’ensemble de la Commission européenne fasse l’objet d’un vote par le Parlement.

Enfin, à tout moment, le Parlement peut adopter une motion de censure contre la Commission.

Le Parlement européen veille, enquête et débat

Dans certaines situations, le Parlement européen décide de créer des commissions temporaires. Ces dernières lui permettent de se saisir d'un problème spécifique comme le terrorisme, ou d'enquêter sur des infractions au droit de l'Union. Il existe ainsi une commission dédiée à l'évasion fiscale et à la fraude fiscale. 

Au final le fonctionnement du Parlement européen est assez semblable à celui des parlements nationaux. Cependant, même lorsqu’il comporte une claire majorité politique, celle-ci n’exerce pas un pouvoir structurellement dominant comme c’est le cas en France. L’argumentation, le débat avec recherche de compromis y sont d’autant plus importants.

Le Parlement européen, élu au suffrage universel, directement par les citoyens européens, est l’élément clé du fonctionnement démocratique de l’Union européenne.

Retrouvez nos articles précédents en sélectionnant la catégorie Europe dans le menu à gauche: Institutions et organes, Nos députés, Les valeurs.

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22 novembre 2018

Des valeurs européennes à promouvoir

L’Union européenne s’est bâtie autour de valeurs, issues d’une histoire plus que millénaire avec ses réussites et ses échecs.

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Ces valeurs et principes fondamentaux de l’Union sont clairement établis par les premiers articles du texte fondateur, le « traité sur l’Union européenne », tel qu’il s’applique aujourd’hui (après les dernières modifications intervenues à Lisbonne). C’est pourquoi nous en reproduisons ci-dessous quelques extraits principaux. Ce sont les articles 2 et 3 qui définissent les valeurs et buts de l’Union. A noter que l’article 5 établit le principe de subsidiarité (et y associe le principe de proportionnalité) qui a sa source dans la doctrine sociale de l’Eglise et qui s’impose à tout le fonctionnement de l’Union. L’article 6 souligne les droits, libertés et principes de la Charte des droits fondamentaux de l’Union et lui reconnaît pleine valeur juridique.

Ces valeurs ne sont pas des déclarations générales sans conséquences. L’article 7 définit des procédures pour les faire respecter. Elles sont engagées aujourd’hui contre des législations qui menacent les libertés et la démocratie en Pologne et en Hongrie.

Dans les débats actuels, où la confusion est trop souvent entretenue, il est important de se référer aux valeurs et aux principes fondamentaux de l’Union. Leur mise en œuvre, à travers diverses politiques ou l’absence de politiques (faiblesse du budget européen, blocage par les Etats de toute politique migratoire, dumping fiscal et social, … etc.) peut naturellement être critiquée et dénoncée, mais alors que se préparent les élections de mai 2019 pour le Parlement européen, ces valeurs restent des guides essentiels. Elles sont toujours à promouvoir.

Extraits du traité sur l’Union européenne

(version actuellement en vigueur, consolidée, mars 2010)

Article premier

… Le présent traité marque une nouvelle étape dans le processus créant une union sans cesse plus étroite entre les peuples de l'Europe, dans laquelle les décisions sont prises dans le plus grand respect possible du principe d'ouverture et le plus près possible des citoyens. …

Article 2

L'Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie,  d'égalité, de l'État de droit, ainsi que de respect des droits de l'homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. Ces valeurs sont communes aux États membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l'égalité entre les femmes et les hommes.

Article 3

1. L'Union a pour but de promouvoir la paix, ses valeurs et le bien-être de ses peuples.

2. L'Union offre à ses citoyens un espace de liberté, de sécurité et de justice sans frontières intérieures, au sein duquel est assurée la libre circulation des personnes, en liaison avec des mesures appropriées en matière de contrôle des frontières extérieures, d'asile, d'immigration ainsi que de prévention de la criminalité et de lutte contre ce phénomène.

3. L'Union établit un marché intérieur. Elle œuvre pour le développement durable de l'Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix, une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social, et un niveau élevé de protection et d'amélioration de la qualité de l'environnement. Elle promeut le progrès scientifique et technique.

Elle combat l'exclusion sociale et les discriminations, et promeut la justice et la protection sociales,  l'égalité entre les femmes et les hommes, la solidarité entre les générations et la protection des droits de l'enfant.

Elle promeut la cohésion économique, sociale et territoriale, et la solidarité entre les États membres.

Elle respecte la richesse de sa diversité culturelle et linguistique, et veille à la sauvegarde et au développement du patrimoine culturel européen.

4. L'Union établit une union économique et monétaire dont la monnaie est l'euro.

5. Dans ses relations avec le reste du monde, l'Union affirme et promeut ses valeurs et ses intérêts et contribue à la protection de ses citoyens. Elle contribue à la paix, à la sécurité, au développement durable de la planète, à la solidarité et au respect mutuel entre les peuples, au commerce libre et équitable, à l'élimination de la pauvreté et à la protection des droits de l'homme, en particulier ceux de l'enfant, ainsi qu'au strict respect et au développement du droit international, notamment au respect des principes de la charte des Nations unies.

6. L'Union poursuit ses objectifs par des moyens appropriés, en fonction des compétences qui lui sont attribuées dans les traités.

Article 4

1. Conformément à l'article 5, toute compétence non attribuée à l'Union dans les traités appartient aux États membres.

2. L'Union respecte l'égalité des États membres devant les traités ainsi que leur identité nationale,  inhérente à leurs structures fondamentales politiques et constitutionnelles, y compris en ce qui concerne l'autonomie locale et régionale. …

Article 5

1. Le principe d'attribution régit la délimitation des compétences de l'Union. Les principes de subsidiarité et de proportionnalité régissent l'exercice de ces compétences. …

3. En vertu du principe de subsidiarité, dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive, l'Union intervient seulement si, et dans la mesure où, les objectifs de l'action envisagée ne peuvent pas être atteints de manière suffisante par les États membres, tant au niveau central qu'au niveau régional et local, mais peuvent l'être mieux, en raison des dimensions ou des effets de l'action envisagée, au niveau de l'Union. …

4. En vertu du principe de proportionnalité, le contenu et la forme de l'action de l'Union n'excèdent pas ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs des traités….

Article 6

1. L'Union reconnaît les droits, les libertés et les principes énoncés dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne du 7 décembre 2000, telle qu'adaptée le 12 décembre 2007 à Strasbourg, laquelle a la même valeur juridique que les traités. …

Article 7

1. Sur proposition motivée d'un tiers des États membres, du Parlement européen ou de la Commission européenne, le Conseil, statuant à la majorité des quatre cinquièmes de ses membres après approbation du Parlement européen, peut constater qu'il existe un risque clair de violation grave par un État membre des valeurs visées à l'article 2.  …

 Retrouvez nos articles précédents en sélectionnant la catégorie Europe à gauche.

 

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08 novembre 2018

‘’Il est encore possible de réanimer l'Union européenne’’

heart-1616463_640‘’ Réanimer l’Union européenne est possible’’ : c’est ce qu’affirment 17 universitaire européens dont 7 Français, dans le journal Le Monde du 25 septembre : ‘’passer d’une Europe de compétition à une Europe de coopération’’. La commission Europe de l’Antenne tente d’en résumer ici  quelques  paragraphes  essentiels, en renvoyant les lecteurs au texte original.

 

 

Tout ne va pas bien en Europe. Entre autres situations :   flux migratoires, Brexit, dictats américains, pauvreté, inégalités, montée des nationalismes, xénophobie, qui entraînent une crise profonde au sein de l’Union européenne. Et ’les citoyens européens ont le sentiment d’être privés de  voix ‘’ et de n’avoir le choix qu’entre la soumission ou la sortie.

Trahison des valeurs

Nous jugeons cette logique binaire mensongère et suicidaire. Il est faux qu'il n'y ait pas d'autre alternative que de soutenir aveuglément les institutions européennes ou bien de les rejeter entièrement. Excluant toute possibilité de réformer démocratiquement l'Union européenne, ce faux dilemme entre eurolâtres et euronihilistes ne peut conduire qu'à sa lente décomposition. Or, sans même évoquer les tensions et violences identitaires qui accompagneraient une telle décomposition, nous avons plus que jamais besoin de solidarités européennes pour faire face aux interdépendances des Etats dans des domaines tels que l'écologie, les migrations, les nouvelles technologies ou les équilibres géopolitiques dans le monde […] »

« La raison première de la désaffection croissante pour l'Union européenne est le divorce entre les valeurs dont elle se réclame et les politiques qu'elle conduit. Ces valeurs sont celles proclamées par la Charte des droits fondamentaux, selon laquelle " l'Union se fonde sur les valeurs indivisibles et universelles de dignité humaine, de liberté, d'égalité et de solidarité ; elle repose sur le principe de la démocratie et le principe de l'Etat de droit ". Leur trahison concerne au premier chef le principe de démocratie, mais il est aussi évident s'agissant du principe de solidarité. […] »

« De fait, la corrosion des systèmes de solidarités, qu'il s'agisse des services publics, du droit du travail ou de la sécurité sociale, est l'un des effets les plus visibles de l'intégration européenne, et le premier facteur de sa désintégration. L'Union européenne trahit là aussi les valeurs dont elle se réclame, puisque la proclamation du principe de solidarité, étendu à la protection de l'environnement, a été l'aspect le plus novateur de la Charte des droits fondamentaux de l'UE. […] La primauté aujourd'hui accordée en Europe aux " forces impersonnelles du marché " conduit à voir dans la solidarité une entrave qui doit être éliminée ou restreinte.

D'autant plus soumise aux lobbys qu'elle échappe au contrôle démocratique, l'Union européenne poursuit ainsi sa course au moins-disant social, fiscal et écologique entre les Etats. Ayant renoncé à édifier une " Europe sociale " et trahi sa promesse d' " égalisation dans le progrès des conditions de vie et de travail ", elle a abaissé ses ambitions au niveau d'un " socle social ", filet minimal de protection destiné à sauver de la noyade les naufragés de la " flexibilisation des marchés du travail " qu'elle promeut inlassablement.[…] »

« Contrairement aux illusions néolibérales, aucune société humaine ne peut perdurer sans solidarité et sans autre projet commun que la compétition entre ses membres. Faute d'être instituées démocratiquement, les solidarités ressurgissent sur des bases identitaires, ethniques ou religieuses, ouvrant la voie aux démagogues et aux violences. Partout dans le monde, aux Etats-Unis comme en Inde, au Royaume-Uni ou dans les autres pays européens, ces démagogues imputent aux étrangers les injustices sociales sur lesquelles ils prospèrent, sans s'attaquer à leurs causes économiques, car ils partagent le même credo néolibéral que les partisans de " l'ouverture ". Réciproquement, ces derniers regardent l'attachement à la diversité des héritages historiques et culturels comme un archaïsme et promeuvent un monde uniforme, dont ils seraient les missionnaires inspirés.[…] »

Paix durable et justice sociale

« L'expérience sanglante des deux guerres mondiales avait conduit la communauté internationale à affirmer à deux reprises, d'abord dans la Constitution de l'Organisation internationale du travail en  1919, puis dans la déclaration de Philadelphie en  1944, qu' " une paix durable ne peut être établie que sur la base de la justice sociale ". Cette paix durable était aussi le but poursuivi par les fondateurs de la Communauté économique européenne. Mais ils ont usé pour l'établir du détour de l'établissement d'un marché commun, censé faire advenir spontanément un " espace de liberté, de sécurité et de justice ". Ce détour économique, qui devait être un moyen de réunification politique de l'Europe, est devenu sa fin primordiale, et la consécration juridique tardive d'autres valeurs a échoué à ce jour à mettre l'économie au service de la société.

La question se pose donc de savoir si les principes de dignité, de démocratie et de solidarité consacrés par la charte et les traités sont de la poudre aux yeux, un maquillage juridique destiné à donner un visage humain aux " forces impersonnelles du marché ", ou bien s'il est encore possible de canaliser ces forces, d' " encastrer " le marché dans la société européenne, en les subordonnant à ces principes. C'est cette question essentielle qu'il faudrait débattre durant les prochaines élections européennes. Nous voulons croire qu'il est encore possible de réanimer l'Union européenne en assurant la primauté des idéaux qu'elle proclame sur la dogmatique économique et monétaire qui la conduit à sa perte.

L'UE ne retrouvera son crédit et sa légitimité que dans la mesure où elle s'affirme comme une Europe de la coopération plutôt que de la compétition. Une Europe prenant appui sur la riche diversité de ses langues et de ses cultures, au lieu de s'employer à les araser ou les uniformiser. Une Europe des projets, œuvrant à la solidarité continentale pour répondre aux défis – et à ceux-là seulement – qu'aucun Etat ne peut relever isolément. Cette solidarité doit s'exercer à la fois sur le plan interne, entre les Etats membres, et sur le plan externe, par des accords de coopération avec d'autres pays partageant des objectifs communs, à commencer par ses voisins les plus proches.

Forte de son pouvoir de marché, l'UE est seule en mesure de lutter contre ce que Franklin Roosevelt nommait " l'argent organisé ", de séparer les banques de dépôt et d'investissement et de limiter leur pouvoir de création monétaire. Elle seule peut imposer aux opérateurs économiques de toutes nationalités qui opèrent sur le continent des règles à la hauteur de la gravité des périls écologiques, de la flambée des inégalités, de la concurrence fiscale mortifère qui conduit à la dégradation des équipements et services publics et des infrastructures routières et ferroviaires. Elle seule peut créer un cadre juridique commun favorisant l'essor, entre les Etats et le marché, de l'économie sociale et solidaire, des biens communs et des multiples formes de la solidarité civile.

Dans le domaine technologique, elle seule est en mesure de soutenir des champions européens susceptibles de préserver les libertés publiques en luttant contre les monopoles aujourd'hui exercés par les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), et demain par des entreprises chinoises. Elle seule pourrait se doter d'un parquet ayant les moyens de répliquer à l'imposition extraterritoriale du droit américain aux entreprises européennes. Elle seule a les moyens de conclure avec les pays d'Afrique un partenariat stratégique qui, au lieu de les engager de force dans les impasses écologiques et sociales du néolibéralisme, leur permette de définir eux-mêmes les voies d'un développement durable fondé sur le meilleur de leur héritage culturel. Elle seule peut, sur cette base, répondre de façon équilibrée à la question migratoire, d'une part en ne cédant rien aux démagogues sur le respect intransigeant de la dignité et des droits des migrants et des demandeurs d'asile, et d'autre part en œuvrant à la réalisation du droit, que l'on soit sénégalais, italien, malien, tunisien ou grec, à vivre décemment de son travail sans avoir à s'exiler. »

Restaurer la démocratie

« Une telle refondation de l'Union sur les principes qu'elle proclame et les traditions constitutionnelles communes aux Etats membres a pour condition première non seulement une restauration, mais aussi un approfondissement de la démocratie à tous les niveaux – local, national et européen – de la délibération politique. Des idées très stimulantes ont été avancées en ce sens, telles celles de Michel Aglietta et Nicolas Leron, qui, revenant aux sources mêmes de la démocratie représentative (no taxation without representation), proposent de doter l'Union de ressources budgétaires propres (notamment par une taxation des transactions financières) allouées à des objectifs de développement durable fixés et contrôlés par le Parlement européen, et de rendre symétriquement aux Etats leurs propres capacités budgétaires, sans lesquelles leur vie démocratique est privée de substance.

Cette perte de substance affecte aujourd'hui par ricochet toutes les formes de démocratie locale et de démocratie sociale, dont les ressources sont asséchées par des gouvernements n'ayant d'autre boussole que la gouvernance par les nombres qui régit l'Eurozone. Ainsi que l'a souligné Etienne Balibar, ce n'est donc pas un retour ou une restauration des formes traditionnelles de la démocratie qu'il faudrait viser, mais une véritable renaissance de cette dernière à tous les niveaux de la vie politique. Sans une telle renaissance démocratique, les " élites dirigeantes " continueront de se couper de l'expérience infiniment riche et diverse de la vie des peuples et d'en faire la proie des démagogues. »

Résumé  par la commission Europe, septembre 2018

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26 octobre 2018

NOS DEPUTES EUROPEENS

En mai prochain, nous élirons nos députés au ParPetitelement européen. Nous reviendrons sur les enjeux de ce scrutin. Sans attendre voici quelques brèves observations sur la composition actuelle du Parlement, et son fonctionnement (en cette fin de la 8ème législature 2014-2019).

Commission Europe

european-parliament-1203083_640Les partis politiques nationaux regroupés en partis européens pour les plus importants, présentent des candidats lors d’élections au suffrage universel et à la proportionnelle. Les députés élus au Parlement se constituent en groupes politiques en fonction de leurs idéologies, programmes et affinités.

Le fonctionnement est assez semblable à celui des Parlements nationaux, le Parlement européen étant le plus souvent co-législateur avec le Conseil des ministres de l’Union européenne. Aucun groupe du Parlement européen n’atteint la majorité absolue. Le groupe le plus important est celui, de centre-droit, du Parti populaire européen (PPE). A la différence du Parlement français, les majorités sont rarement préétablies, et la préparation des décisions en commissions spécialisées favorise travail approfondi et mise au point de compromis.

Les groupes pro-européens (PPE, S&D, ALDE, Verts/ALE) représentent aujourd’hui 70% des sièges alors que les groupes euro-sceptiques ou anti-européens (ECR, EFDD, ENF) totalisent 20% des sièges, auxquels il faut ajouter le groupe GUE/NGL avec 7% et les non-inscrits 3%. Voir détail dans le tableau ci-dessous.

Les 8 groupes du Parlement européen sont constitués avec les partis européens, nationaux ou régionaux suivants :

  • Le Parti populaire européen (PPE)

Il regroupe des partis de centre-droit, notamment démocrates-chrétiens et conservateurs. Antonio Tajani, actuel président du Parlement en est membre. Le PPE étant arrivé en tête aux dernières élections européennes, c’est sa tête de liste Jean-Claude Juncker qui est devenu président de la Commission européenne. La participation à ce groupe des députés hongrois du Fidesz (parti du premier ministre Viktor Orbán) est maintenant questionnée.

  • Le Parti socialiste européen (PSE)

Lié à l’Internationale socialiste, le Parti socialiste européen (PSE) regroupe des partis socialistes, sociaux-démocrates et travaillistes d’Europe. Il constitue au Parlement le groupe S&D. Le précédent président du Parlement Martin Schulz en était membre.

  • L’Alliance des conservateurs et réformistes européens (ACRE)

Sous le sigle ECR au Parlement, elle rassemble des partis de droite, conservateurs ou euro-sceptiques.

  • Le Parti de l’Alliance des libéraux et démocrates pour l’Europe (ALDE)

Il rassemble les partis politiques centristes, libéraux-démocrates et réformateurs.

  • Le Parti Vert européen (PVE)

Il regroupe des partis écologistes. Son nom actuel est officiellement : Fédération européenne des Partis verts/Verts européens/Parti vert européen. Au Parlement européen, il fait partie d’un même groupe politique avec l’Alliance libre européenne (ALE) qui rassemble des partis régionalistes.

  • Le Parti de la gauche européenne (PGE)

Le Parti de la gauche européenne (PGE) regroupe des partis socialistes, anticapitalistes, éco-socialistes, communistes et postcommunistes. Au Parlement européen, il compose le groupe politique GUE/NGL avec deux réseaux : la Gauche anticapitaliste européenne (GACE) et l’Alliance de la gauche verte nordique (NGLA).

  • Le groupe pour l’Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFDD)

Ce groupe réunit au Parlement européen des partis nationaux assez disparates avec notamment des Britanniques anti-européens (UKIP), des Italiens (Mouvement 5 étoiles) et des Français (Les Patriotes ayant quitté le Front national et Debout la France).

  • Le groupe pour l’Europe des nations et des libertés (ENF)

Ce groupe rassemble, au Parlement européen, des partis d’extrême droite principalement avec le Rassemblement national (France) et la Ligue du Nord (Italie).

Enfin parmi ceux qui n’ont pas rejoint un groupe politique, se trouvent des députés d’extrême droite, avec des étiquettes : Front national (France), Aube dorée (Grèce), mais aussi communistes (Grèce) ou indépendants.

Députés E

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25 octobre 2018

Des questions d’actualité

Laudato si'

Si la doctrine sociale est souvent nommée  « enseignement social », on comprend que le souci de la transmission l’habite fortement. C’est particulièrement le cas en matière d’écologie et de solidarité.

L’écologie

La sauvegarde de la « Maison commune » est un cri d’alarme du pape François adressé aux hommes d’aujourd’hui en visant à l’évidence ceux et celles  qui l’habiteront demain ! Evoquer la nécessité d’un développement « durable » accentue  encore cette perspective, abandonnant « une confiance irrationnelle dans le progrès » pour faire émerger une prise de conscience de la fragilité de la nature. En affirmant que le climat est un bien commun « de tous et pour tous », on distingue le caractère forcement désintéressé de l’action à conduire, qui fait de nous des locataires d’un bien que nous transmettrons au monde de demain. Le réchauffement climatique n’est pas l’affaire de quelques-uns ! En nous alertant sur le « drame de l’immédiate politique », Francois nous rappelle qu’une transmission réussie passe par le courage de décider sans tarder des actions pas forcement populaires….Transmettre c’est accepter de conjuguer le passé d’une mémoire, le présent des initiatives  et l’avenir de l’objectif à atteindre !

La solidarité

En matière de solidarité, Jean-Paul II pointe, dans « Sollicitudo Rei Socialis » l’augmentation des écarts entre les plus riches et les plus pauvres, évoquant à la fois « les misères du sous-développement qui ne peuvent être tolérées  et le surdéveloppement également inadmissible ». Si le mot solidarité a appartenu longtemps au langage laïc, il est aujourd’hui, pour la doctrine sociale, la pierre angulaire du lien social de la famille humaine. Défendre la nécessité d’un monde où la fragilité personnelle ou collective  peut être soutenue par le frère en humanité, tant par des gestes individuels que par des impulsions collectives (« le devoir de solidarité des personnes et aussi celui des peuples »  Paul VI –Populorum Progressio),  c’est transmettre une espérance de justice. Si la transmission est promesse d’avenir, l’émergence de l’économie solidaire, du commerce équitable comme des micro-crédits  témoigne d’une mise en marche vers un nouveau possible.

Face à de nouveaux défis

Comme dans toute transmission, le passage de relais n’est jamais définitivement  assuré ! La pensée sociale est questionnée par  de nouveaux  défis  comme par exemple celui de la digitalisation, des migrations ou de l’insuffisance du politique sur l’économique. Ces approches doivent  aussi naturellement continuer de migrer de la vieille Europe à l’espace mondialisé. L’individualisme ambiant ralentit à l’évidence  les prises de conscience quand il ne les étouffe pas ! Des opportunités pleines de promesses apparaissent aussi… A nous peut-être  aussi de discerner les signes des temps !

N’est-ce pas  là notre mission de veilleur ?

Jean-Pierre Berthet, et la commission Transmission

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18 octobre 2018

Transmission de la doctrine sociale chrétienne

Rerum novarum

Née à la fin du XIX° dans les soubresauts de l’industrialisation, la doctrine sociale chrétienne a une histoire autant qu’un avenir si on juge par l’accueil très favorable de l’encyclique  du pape François « Laudato Si ». En même temps, elle est, pour aujourd’hui, la boussole qui aide beaucoup d’acteurs à discerner des chemins d’humanité dans un monde où les repères ne sont pas toujours très apparents.

Elle garde une actualité qui incite à voir, dans ses textes, une appropriation possible par des générations aux histoires bien différenciées. Si la DES avait été un programme d’action, une voie entre capitalisme et communisme ou même une idéologie, elle serait aujourd’hui le marqueur d’une période révolue !

Une posture originale

Sa visée a été tout autre  puisqu’elle a préféré s’inscrire sur des registres renouvelables d’interpellation qui ont pris une triple forme :

la dénonciation suite à des constats et en tout premier lieu la condition des travailleurs !

la proposition qui esquisse un  futur où l’espérance trouve sa place et

l’encouragement à construire pour donner à chacun la part de responsabilité qui lui revient dans la construction du monde. La transmission  de la Pensée Sociale passe par des hommes et des femmes qui la diffusent, la partagent et l’enrichissent d’expérimentations multiples : Marius Gonin, Joseph Folliet, Emma Gounod et bien d’autres s’inscrivent dans cet effort pédagogique.

En rapport avec les évolutions sociales

Cette méthode aurait été néanmoins vaine sans  la volonté de balayer progressivement les diverses réalités sociales en se servant habilement de l’anniversaire de « Rerum Novarum » (1891) puis plus tard de « Populorum Progressio » (1967) , inspirée de la pensée du  Pere Lebret, pour publier une réflexion renouvelée  où la « Question sociale » s’élargit à de nouvelles dimensions qui répondent aux attentes  contemporaines (La paix , au moment de la Guerre Froide avec « Pacem in terris » ou la chute du communisme avec « Centesimus Annus » en 1991.) La propagation des idées peut  parfois aussi prendre du temps pour infuser : c’est le cas du principe de subsidiarité, énoncé en 1931 dans « Quadragesimo anno » repris plusieurs décennies plus tard par le droit européen. Parfois évolution sociale et renouvellement de la DSE se croisent : c’est par exemple le cas au sujet du rôle de l’Etat qui évolue d’une intervention prudemment limitée à une place active d’acteur régulateur. 

Réfléchir pour agir au cœur du XXI° siècle nécessite de puiser dans le relais de la mémoire autant que  dans les outils d’aujourd’hui : c’est la chance de la doctrine sociale que d’avoir su faire ce cadeau en faisant porter cette préoccupation par des acteurs de qualité de tous les continents, plus ou moins sous la lumière des projecteurs. Ils  auront tous été « des témoins plus que des maitres » car la transmission est avant tout affaire d’engagement et de gratuité.

                                                                                                          Jean-Pierre Berthet et la Commission Transmission

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11 octobre 2018

La pensée sociale chrétienne : pertinente, actuelle, accessible

 


  Ces dernières années des formations visant à faire découvrir la Pensée Sociale Chrétienne (PSC) à divers publics se sont développées notablement. Retour sur l’impact de celles-ci par Geoffroy d’Aillières, acteur de plusieurs de ces formations depuis 3 ans.Un témoignage sur l'intérêt que suscite parmi les dirigeants et les jeunes le contenu de la Pensée Sociale Chrétienne.

 

 

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09 octobre 2018

Le compromis en entreprise

Ce 3 octobre, rue Sala, la commission sur le Politique proposait une réflexion sur un sujet à ses yeux important, qui est l'importance de la recherche de compromis dans le dialogue et la négociation. Deux personnalités engagées du monde du travail ont partagé leur conception du dialogue. Ce lien permet d'écouter l'ensemble des échanges dirigés par François Boursier.

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