A la veille des Semaines Sociales (quelle Europe voulons-nous?), la commission Europe de l'Antenne fait le point sur les problèmes européens :

Fin septembre, lors de son discours programme à la Sorbonne, le Président Macron a fait preuve de sa confiance sur l’évolution de l’Europe. Il souhaite un renforcement de la convergence entre la France et l’Allemagne par un « nouveau traité de l’Elysée » et une intégration plus complète des marchés. Il veut l’instauration d’un budget de la « zone euro » géré par un ministre européen des finances. Il souhaite la construction d’une « Europe de la défense ». Ses souhaits de réforme couvrent  un large champ : la réforme de la PAC, l’extension du système Erasmus, la création d’une taxe carbone européenne, le renforcement des mesures de contrôle et de prise en charge des migrants, des listes électorales à l’échelle européenne pour les élections de 2019. Vaste programme qui est loin d’obtenir l’agrément de tous les Etats et de toutes les forces politiques françaises.

 

Des difficultés de replis nationalistes et régionalistes :

Outre le « brexit » dont le traitement patine à Bruxelles devant la mauvaise volonté évidente des britanniques à en accepter le coût et les conséquences financières à la City, la crise catalane est une autre cause de soucis. La grave crise séparatiste catalane se terminera-t-elle par une détente et un consensus ? Depuis le retour à la démocratie de la nation espagnole (1978), nous autres français avons du mal à trouver normale la nature non centraliste de l’Etat espagnol qui admet des particularismes et des autonomismes, accentués en particulier lors du règlement de la question basque (2002). Une Catalogne indépendante serait de facto exclue de l’UE.

 

Le réalisme oblige à prendre en compte des situations assez semblables ailleurs dans l’Europe : En Flandre, Ecosse, Italie du Nord, Ulster, (sans oublier l’éclatement passé de la Yougoslavie) des tentations centrifuges sont à l’œuvre.

La conception de l’Etat-nation doit-elle et peut-elle être remise en cause ?

Outre les différences ethniques, culturelles ou religieuses, le principal argument avancé est celui du sentiment que les riches ne veulent plus payer pour les pauvres. Ce qui rejoint les raisons invoquées  antérieurement lors du « brexit » britannique.

Devant ce refus d’une solidarité nationale voire européenne, l’idéalisme et la générosité des pères fondateurs de l’Europe sont-ils définitivement perdus ? Jean-Claude Juncker souhaitait récemment publiquement que « la Commission Européenne n’ait pas à gérer dans le futur une Europe de 95 pays. »

 

Des tensions vives entre  Est et Ouest :

De fait l’Europe à 28 (27 ?) présente une diversité très marquée, imprévisible lors du traité de Rome signé par seulement 6 Etats.

 Faut-il regretter la rapidité d’entrée de l’Europe du Sud dans l’Union ? Dans un premier temps cela a  aidé à l’évidence certains de ses Etats à consolider leur adhésion récente à la démocratie. Puis est survenue la crise financière de 2008 que les économies fragiles de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal ont subie  de  plein fouet  et dont elles commencent seulement à sortir.

Pour ces pays méditerranéens, ces difficultés n’ont pas remis en cause l’attachement aux valeurs humanistes contenues  dans les principes fondateurs de l’Union.

Il n’en n’est pas de même pour les Etats de la frange orientale de l’Europe où la poussée des électorats populistes accompagne un raidissement des positions sur beaucoup de problèmes sociaux ou sociétaux.

Les divergences sont très vives en particulier sur la question des migrants. Certains pays d’Europe centrale et orientale ont vécu en la matière des expériences douloureuses dans leur  passé et leur nationalisme fermé est conforté par la poussée populiste (Elections récentes en  Autriche, Pologne et Allemagne), renforcée par une référence aux racines chrétiennes des civilisations.  Sur ce problème des migrants, la position généreuse de l’Allemagne et de sa chancelière se trouve affaiblie par les résultats des récentes élections et les difficultés pour trouver une nouvelle majorité.

 

Il y a cependant des évolutions positives : 

La récente réunion du Conseil européen (13 octobre) a permis de progresser sur le problème des travailleurs détachés, qui sont plus d’un million pour la totalité de l’Europe. Ils seront désormais rémunérés à hauteur de la rémunération des nationaux, avec toutefois une distorsion notable concernant le secteur du transport routier, exclus de l’accord. Seuls 4 pays de l’Europe orientale (Pologne, Hongrie,  Lettonie, Lituanie)  ont voté contre sans que cela empêche la mise en application de l’accord.

Le 17 novembre le « socle européen des droits sociaux » devrait être approuvé par le Parlement, la Commission et le Conseil.

Début 2018, devraient commencer les réflexions pour l’adhésion éventuelle de la Serbie et du Monténégro à l’Union, signe d’une confiance persistante dans un avenir européen commun.

Enfin, en ce début novembre,  s’étend le mouvement des ‘’Paradise papers’’ sur la transparence des transactions financières publiques et privées, et celui des fiscalités appliquées différemment au sein de l’Union vis-à-vis des Grandes firmes multinationales.  Quelles suites les gouvernements vont-ils donner à cette vague de transparence ?  A suivre !

 

                                                                                                   Jean VETTER,  8 novembre 2017.