« L’Union européenne n’a pas devant elle une vieillesse inévitable, mais la possibilité d’une nouvelle jeunesse. Son succès dépendra de la volonté de travailler une fois encore ensemble et de la volonté de parier sur l’avenir » (Pape François, 24 mars 2017, discours à l’occasion du 60ème anniversaire du traité de Rome).

 

Pariant sur cet avenir, la Commission « Europe » de l’Antenne sociale de Lyon, souhaite que la session de novembre 2017 des Semaines sociales de France soit en effet prolongée, à la fois par la mise au point de propositions pour l’Europe et par une campagne d’initiatives pour leur mise en œuvre. Répondant à l’appel des Semaines sociales d’enrichir les propositions déjà formulées (voir : www.ssf-lasession.org/propositions-pour-europe-de-demain) nous suggérons les orientations suivantes :

 

  1. 1.      Renforcer les échanges et donner sens aux symboles :

-     Développer l’enseignement pour les jeunes sur les autres pays européens et sur l’Europe est indispensable. Il existe des ouvrages de notre histoire commune, parfois difficilement mis au point, mais qui évitent les errements du « roman national ». Ce travail encore timide doit être considérablement renforcé et diffusé.

-     Erasmus qui s’est élargi au-delà des étudiants et concerne maintenant les apprentis  constitue un programme essentiel. Son renforcement suppose la mise en œuvre de moyens accrus à tous les niveaux.

-     La fête de l’Europe, devrait être célébrée, non seulement par les pouvoirs publics, mais aussi par des manifestations favorisant les échanges, culturels et festifs entre citoyens européens. Elle est fixée au 9 mai en référence à la déclaration Schuman du 9 mai 1950, proposant une communauté européenne du charbon et de l’acier, en vue de réaliser « les premières assises concrètes d’une fédération européenne indispensable à la préservation de la paix ».

En France, le 11 novembre étant devenu « journée de commémoration pour tous les morts pour la France », le 9 mai, pourrait devenir férié à la place du 8, et cette journée de l’Europe pourrait aussi commémorer la paix avec la fin de la seconde guerre mondiale.[i]

De même le drapeau et l’hymne européen devraient figurer à part égale avec les symboles nationaux, en veillant à en faire les signes de nos liens avec les citoyens européens des autres pays.

 

  1. 2.      Pour une Europe plus démocratique

-     L’information est la base de la démocratie. Nous devons être vigilants pour une meilleure information sur l’Europe, qui favorise l’émergence d’une opinion publique européenne. Les approximations et caricatures sont fréquentes dans la presse. La couverture médiatique des précédentes élections européennes (2014) a été d’une faiblesse indigne. Que dirait-on si l’actualité nationale était traitée de la même façon ? Nous devons interpeller les médias et soutenir les efforts d’information et de formation comme par exemple ceux de l’académie « Notre Europe » en direction des journalistes et des jeunes. Il est particulièrement nécessaire de mieux faire connaître les travaux du Parlement européen et de s’opposer à la tendance des gouvernements nationaux de se défausser de leurs responsabilités sur les instances européennes.

-     Le nécessaire renforcement de la zone Euro suppose une légitimité démocratique plus forte dans ses processus de décision, avec notamment un Parlement de la zone Euro qui pourrait être constitué au sein du Parlement européen.

-     En France, pour les prochaines élections européennes (mai 2019), la suppression projetée des circonscriptions régionales néglige les nouvelles régions, tourne le dos à la subsidiarité, détruit l’ancrage local des euro-députés et risque de générer lors de la campagne rendue «nationale » des débats caricaturaux au profit des extrêmes. Il faut chercher comment revoir ce projet qui a été qualifié de « marche arrière » par le Mouvement européen.

Cette élection devrait au contraire être l’occasion de rapprocher l’Europe des citoyens. Il est d’autant plus important de veiller à ce que les euro-députés soient proches de leurs électeurs et se consacrent pleinement à leur mandat européen.

En complément, pour favoriser le débat européen, il serait utile d’affecter à une circonscription complémentaire transnationale européenne les sièges précédemment occupés par les britanniques.

 

  1. 3.      Pour une Europe plus active et solidaire,

dans l’Union

-     Pour être soutenue par ses citoyens l’Europe doit renforcer sa dimension sociale. Celle-ci est inséparable de la conduite de politiques plus fermes pour une convergence économique de nos pays, appuyée sur une croissance soutenable. Cela suppose de mettre fin au dumping fiscal et social, par des règles communautaires. Cela ne peut se faire sans un renforcement de l’Europe politique, particulièrement dans la zone Euro.

-     Le socle européen des droits sociaux, proclamé à Göteborg en novembre 2017 définit des principes et droits (emploi sûr, salaire équitable, niveau élevé de protection de la santé et de la sécurité au travail, etc. ...). Des mesures concrètes pour sa mise en œuvre doivent être rapidement prises aux niveaux national et européen.

-     La place du dialogue social, avec la négociation entre employeurs et syndicats au niveau européen, après de réelles avancées est aujourd’hui au point mort. Nous demandons aux partenaires français et européens de prendre les initiatives nécessaires pour relancer le processus.

-     Mener des politiques européennes plus actives et solidaires demande de répondre aux nouveaux besoins dans de nombreux domaines, où le niveau européen est nécessaire, allant de la politique agricole (PAC), à la recherche et à l’innovation, aux défis du numérique[ii], à la transition énergétique, etc. … C’est incompatible avec le niveau actuel du budget européen qui représente à peine 1% du PIB de l’Union et qui doit être significativement accru.

 

et dans le Monde

-     L’Europe des 27 est la plus grande puissance commerciale, le premier investisseur et apporte la plus importante aide au développement dans le monde. Cette réalité contraste avec sa capacité d’intervention qui reste trop disparate. L’Europe doit agir pour maitriser la mondialisation. Elle doit poursuivre le rôle moteur qu’elle a joué dans les négociations climatiques et devenir exemplaire pour leur mise en œuvre. Les clauses fiscales, sociales et environnementales dans les accords commerciaux internationaux doivent être renforcées.

-     Au-delà de la mise en œuvre du droit d’asile, l’immigration raisonnée doit être reconnue comme une réalité positive. La France, dont la politique est très restrictive, doit prendre toute la part qui lui revient. La surveillance et le secours aux frontières et en mer doivent être assurés en commun.

-     Nous appelons à développer un partenariat politique euro-africain comportant une vision partagée des enjeux du développement humain, économique et social, environnemental et démocratique, avec des dispositions concernant les échanges migratoires à court et long terme.

-     Dans le contexte mondial d’incertitudes et de conflits l’Europe a besoin d’une capacité commune de sécurité et de défense. Elle doit se construire à partir d’analyses convergentes des réalités internationales et s’appuyer sur une action diplomatique de l’Union plus cohérente et active.

 

  1. 4.      Mener campagne en 2018 et 2019

Dans tous les domaines précédemment repérés des progrès sont nécessaires. Ils sont possibles. L’Europe peut nous permettre de faire évoluer le monde vers plus de justice et de paix. Elle peut peser face aux puissances continentales ou multinationales pour maîtriser la mondialisation. Pour ce faire elle a besoin d’un nouvel élan.

La Commission européenne a lancé en 2017 des débats décentralisés sur l’avenir de l’Europe. Ils doivent se poursuivre avec la proposition du président de la République française de conventions démocratiques dans toute l’Europe en 2018.

Sans ignorer les difficultés et les oppositions, nous voyons qu’après plus d’une décennie de paralysie, les esprits sont en train de changer. Les gouvernements nationaux comme les institutions européennes, mais aussi les opinions publiques bougent rendant possible un nouvel élan.

Nous souhaitons saisir cette opportunité afin de susciter et soutenir ce nouvel élan :

-     développer l’information, démonter la désinformation et les sophismes populistes ;

-     travailler avec les équipes qui cherchent à mettre au point les propositions concrètes et  adaptées ;

-     interpeller et pousser nos gouvernements nationaux, nos élus locaux, et les partis politiques avec les candidats au Parlement européen, à se situer à la hauteur des enjeux européens ;

-     proposer, soutenir les initiatives européennes dans la société civile et dans la vie politique notamment au sein des syndicats, partis, religions, mouvements et associations ;

-     mener avec les organisations qui le souhaitent une campagne d’opinion en 2018-2019, sur des objectifs choisis, pour donner ce nouvel élan à l’Europe.

 

Antenne sociale de Lyon, Commission Europe

1er février 2018



[i]  En France, le jour férié du 8 mai fait référence à la capitulation de 1945, en fait signée à Reims le 7 mai puis à Berlin tard dans la nuit du 8 mai pour les alliés occidentaux, au matin du 9 mai (heure de Moscou) pour le Russes.

[ii]  Le contrôle de l’activité des GAFA et leur taxation sont particulièrement urgents.