Ce texte tente de résumer de façon critique l’article en référence

D’après un article paru dans Paris Innovation Review d’Armin Grunwald de l’Institut Technologique de Karlsruhe : <http://parisinnovationreview.com/article/la-technologie-est-elle-lavenir-de-lhomme-1>

                Le mouvement transhumanisme appelle à la fin de l’humanité telle que nous la connaissons pour la remplacer par une civilisation que la technique rendrait parfaite. En fait, la recherche d’une humanité meilleure n’est-elle pas le propre de toute idéologie ?

                La discussion sur l’amélioration technique des humains est au cœur de cette idéologie qui tente de s’ériger en système de pensée et de projection d’un futur qu’elle estime inéluctable. Depuis des millénaires, l’homme a cherché à se faciliter la vie à travers ses outils, une meilleure santé, une vie plus longue, des prothèses pour palier ses déficiences (dentition, vue, ouïe etc…). Qu’y a-t-il donc de nouveau dans cette vision idéologique ?

C’est la systématisation de l’intrusion de la technologie dans TOUS les organes humains et notamment son intrusion dans notre cerveau, c’est une convergence des technologies : nanotechnologies, biotechnologie, sciences cognitives dans nos capacités et dans la rénovation de nos organes permettant un allongement jusqu’au double de notre durée de vie. L’idée d’une convergence technologique n’est pas nouvelle non plus : c’est celle de nos smartphones qui concentre en un petit boîtier une foule de techniques, d’applications et d’appareils nous dispensant d’acquérir et de posséder des tas d’objets.

Voici quelques exemples de ce qu’entrevoit cette idéologie :

-          améliorer nos capacités sensorielles, par exemple être en mesure d’élargir le spectre de la vision de l’infrarouge à l’ultraviolet, d’élargir le spectre sonore de notre ouïe, de zoomer sur certaines longueurs d’ondes sonores ou visuelles,

-          améliorer nos capacités cognitives en visant à augmenter notre capacité de mémorisation voire à sauvegarder notre mémoire grâce à des puces cérébrales permettant aussi de télécharger un livre par exemple dans notre cerveau.

Ces projections sont aujourd’hui purement spéculatives mais indiquent une direction qui modifierait en profondeur l’idée de l’homme. Elles relèvent d’attentes réelles de certains en vue de vivre mieux plus longtemps et d’être aussi plus performant donc plus compétitifs : dans le domaine sportif le dopage est l’illustration voire les prémices de cette vision. On peut aussi citer la chirurgie esthétique dans le domaine de l’audiovisuel. ?

                Cependant l’enthousiasme de certains devant ces perspectives a pour revers leur rejet virulent par d’autres : la nature humaine est sacrifiée au profit d’êtres technicisés soucieux d’arrogance et de dominations. Le débat éthique se concentre sur les règles acceptables qui n’éviteront pourtant ni les dérives ni leur retard permanent face à des avancées technologiques non seulement nouvelles mais aussi disruptives.

                Y-a-t-il une voie d’acceptation sociale de telles avancées ? La guérison ou la restauration de certaines fonctions corporelles perdues ou endommagées est aujourd’hui largement admise et désirée. La prothèse corporelle de Pistorius a défrayé la chronique : il fut exclu d’une compétition parce que ses prothèses lui apportaient un avantage décisif  par rapport à un athlète de constitution normale ! Ainsi la guérison ou la restauration ouvre-t-elle la porte à une amélioration, à un individu augmenté et à une acceptation sociale de cette idée. Enfin certaines professions, comme les militaires se doivent de rechercher un avantage décisif par rapport à leurs adversaires potentiels avec toutes les conséquences que cela comporte.

En effet, ce qui contribuera à l’acceptation et à la diffusion de telles avancées dans le monde est une force aujourd’hui sans rivale : la concurrence.  Concurrence et performances sont inextricablement liées, source de progrès certes mais aussi source d’auto-exploitation des humains.

Quand on voit le surinvestissement des parents par rapport à leurs enfants, on peut aussi craindre leur volonté de tout mettre en œuvre pour augmenter les capacités de leurs petits au travers de techniques devenues disponibles, espérant ainsi qu’ils soient à l’aise et compétitifs dans une « société de la performance »!

Aussi la question éthique fondamentale à laquelle nous sommes confrontés est-elle de savoir si la concurrence reste favorable pour mobiliser la créativité humaine et à partir  de quand elle nous fait entrer dans une spirale autodestructrice.

Ces évolutions ne nous offrent nullement la garantie d’une humanité plus parfaite évoquée par le transhumanisme.....mais plutôt un individualisme de combat accentuant encore les inégalités et nos capacités à vivre ensemble.

 

                                                                                              B. Fenoglio, 6 mai 2018

pour la Commission Faits de Société