Le discours programme d’Emmanuel Macron, le 13 septembre 2018, sur les moyens de réduire la  pauvreté en France, ouvre de larges espaces à la réflexion citoyenne et chrétienne, et à l’action  tant nationale que locale.

1.   Pauvreté et exclusionhuman

La pauvreté matérielle entraine une pauvreté en ‘’conditions de vie’’ : un moindre  accès à l’éducation et la formation, une atteinte à la santé pour ceux des marginalisés qui renoncent à des soins, un mal logement,  une mauvaise alimentation,  un accès à l’emploi plus difficile  et un chômage plus fréquent… et enfin un sentiment d’exclusion sociale.

 

Ainsi, lutter contre l’exclusion et la pauvreté, n’est-t-il pas seulement une question de ‘’revenu’’ financier : il faut agir sur tous ces aspects.

2.   Des chiffres  préoccupants

Derrière les chiffres, ce sont des personnes, des groupes sociaux, des continents qui souffrent, en France, et dans les Pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine.

Au niveau mondial 

 «  Selon la Banque mondiale, un milliard de personnes vit sous le seuil de pauvreté, fixé à 1,90 dollar (1,63 euro) par jour. Si l’on place la barre à 5 dollars par jour – un minimum de dignité pour les pays du Sud- les pauvres sont 4,3 milliards : 60% de la population mondiale. » Gaël Giraud, économiste, La Croix 10 septembre 2018.

Selon le rapport de la FAO, (11 sept 2018) le nombre d’habitants  du monde qui souffrent de faim et malnutrition est passé de 804 millions en 2015 à 821 millions en 2016.  « Les événements climatiques extrêmes  affectent de plus en plus la capacité des populations à se nourrir » (Le Monde 12 sept 2018).

L’évolution ne semble pas aller dans le sens de la solidarité des conditions de vie. En termes de revenus, « les 50% les plus pauvres ont bénéficié de 12% de la croissance mondiale  entre 1980 et 2016. Les classes moyennes ont moins profité de cette croissance. Les 1% les plus riches ont capté 27% de cette croissance. Or les 10% les plus riches de la planète sont responsables de 50% des gaz à effet de serre ; alors que les 50% les plus pauvres n’émettent que 10% des GES » Gabriela Ramos (OCDE) 10 sept 2018

En France, les inégalités  sont en croissance

Globalement, 7% des Français disent ‘’s’en sortir plus difficilement  qu’auparavant’’, surtout en raison du coût de l’énergie et des loyers.

Seuil. Selon le baromètre d’Eurostat et celui d’IPSOS/SPF (10/09/2018), 13,6% de la population française vit au dessous du seuil officiel de pauvreté fixé à 1 015€ / mois, dont 19% sont des jeunes de moins de 18 ans.

Logement : en 2018, 4 millions de ménages vivent dans un logement surpeuplé et souvent insalubre ; ils attendent un ‘’vrai ‘’ logement à des coûts supportables.

Emploi : la pauvreté touche 8% des travailleurs en activité qui ont de bas salaires.

Santé : 38% des sondés déclarent ne pas faire appel aux soins utiles par manque de moyens. 

Alimentation : 21% des Français (1 sur 5) peinent à avoir une nourriture saine  et à faire 3 repas par jour.

Les institutions caritatives sont de plus en plus sollicitées.

3.   Pauvreté  en France : de qui parle-t-on ?

La pauvreté change de population par rapport au passé : on y trouve moins de retraités mais il en reste (en particuliers des seniors qui doivent travailler au delà de l’âge de leur retraite pour raison économique), plus de jeunes, des ménages monoparentaux, et des personnes de quartiers défavorisés.

Mais ce qui retient l’attention, c’est le ressenti des Français (pas toujours en adéquation avec leur situation réelle). Par exemple, 81% des interrogés pensent que la pauvreté est un risque pour leurs enfants dans l’avenir.

Les ¾ des interrogés jugent que l’Union Européenne ne lutte pas de  façon suffisamment efficace contre la pauvreté au sein de l’Union.

4.    les remèdes proposés par l’exécutif

Le 13 septembre dernier, le président de la République a  mis en perspective vingt mesures du gouvernement pour lutter contre la pauvreté, largement commentées par les médias, les forces politiques et les acteurs sociaux.

En résumé, voici les principales mesures :

Petite enfance : petits déjeuner à l’école primaire si besoin ; repas à faible prix pour la restauration scolaire ;  formation à l’accueil et modes de  mixité sociale dans les crèches. 
Formation : obligation de formation jusqu’à 18 ans, et accompagnement des mineurs en situation de décrochage scolaire ; développement d’une ‘’garantie jeunes soutenue par les missions locales.

Emploi : formation  dans un plan d’investissement des compétences de deux millions de personnes éloignées du travail ;

Santé : aide unique pour financer une mutuelle santé  (ACS) permettant pour un coût modique d’accéder à la couverture-maladie complémentaire (CMU-C) ; réformer les diverses aides sociales pour développer ‘’un revenu universel d’activité’’ permettant à tous les ayant droit à y faire appel plus facilement.

Urbanisme : résorber les bidonvilles d’ici 2022 ;  maraudes conjointes de l’Etat et de l’Aide sociale  pour accueillir les gens qui dorment dans la rue.

Il s’agit d’un plan ambitieux. Au-delà du discours, des mesures concrètes sont à mettre en œuvre aux différents niveaux de la société française, par l’ensemble des acteurs, chacun selon les compétences qui sont les siennes.

5.  Quelle signification pour les  citoyens et les chrétiens

Les pauvres et les marginalisés de nos sociétés  sont des humains. Tous les êtres humains sont égaux en dignité et en droits : déclaration universelle des droits de l’homme, ONU 1948. La pauvreté est une atteinte à la dignité de la personne. Ainsi, lutter contre la pauvreté n’est pas seulement une action de revenus monétaires, utiles mais insuffisants, mais une perspective de dignité humaine, tant au plan local que global.

La lutte contre la pauvreté s’enracine dans la lutte humaine pour la justice.  Mais  pour les chrétiens, humains parmi les humains, Jésus Christ, fils de Dieu, se faisant homme parmi les hommes, révèle ainsi que les droits de l’homme deviennent aussi les droits de Dieu.

Pour les chrétiens non seulement chaque homme est un égal mais il est aussi un frère. Non seulement la foi engage à la justice, mais elle engage à l’amour de tout humain comme un frère. L’amour du frère, la charité,  est ainsi le signe de  l’existence chrétienne : «  A ceci tous  vous reconnaitront pour mes disciples : à cet amour que vous avez les uns pour les autres » (Jean 13.35).

Malgré ses nombreuses fautes, l’Eglise, dans sa pensée sociale, a toujours accordé au pauvre une attention particulière, dans ses paroles et dans ses institutions humanitaires.  Et, dans le contexte  multidimensionnel actuel de notre ‘’maison commune’ où tout est lié,  environnement, écologie et pauvreté (pape François, Laudato si) lutter contre la pauvreté, en France et dans le monde, engage la responsabilité de chacun pour s’attaquer aux  causes multiples de cette pauvreté. Ceci ne va pas sans remettre en cause nos modes de vie, dans la recherche et la mise en place d’une ‘’sobriété heureuse’’ et solidaire.

La pauvreté évangélique ‘’du cœur’’ que propose Jésus dans les béatitudes (MT 5 1-11) «  qui désigne une qualité particulière d’humilité, de douceur et d’écoute de l’autre peut être considérée comme l’âme nécessaire à toute lutte contre la pauvreté » (Alain Durand, OP). 

 

                                                                                              Etienne FAUVET, Commission ‘’faits de société’’, septembre 2018