autumn-1534189_640Max Weber écrivait dans Le savant et le politique que se sont « deux maximes totalement différentes et irréductiblement opposées » tout en reconnaissant que la distinction « n'épuise pas le sujet ». Un membre de notre Commission sur le Politique a réfléchi sur ce que ces deux termes signifiaient pour lui :

Ce nest pas l'un ou l'autre mais bien une dynamique qui fait que mes convictions sont au service de la responsabilité nécessaire pour qu'un agir soit possible. Agir réaliste mais qui reste toujours animé par mes convictions. Je préfère penser que j'en rabats sur mes certitudes pour donner sens à mes convictions.

Mes convictions, elles me viennent de mon histoire construite par mes parents, mes formateurs et mes compagnons de route et d'engagements. Elles sont ce qu'est la pensée sociale chrétienne pour qui la dignité de toute personne est irréductible, où la solidarité et l'option préférentielle pour les plus vulnérables est la pierre milliaire de ce que je crois. Alors, même si je ne suis pas toujours au rendez-vous de ces convictions, cela n'annihile pas mon propos.

Ensuite pour que convictions et responsabilité soient opérantes, il faut me mettre en relation ; je n'existe même qu'en relation et donc dans un dialogue avec l'autre, les autres. Ici apparaissent alors des conditions ou des références. Si le mot éthique est en regard de conviction et de responsabilité cela appelle à faire un choix sur le sens du mot, ici je fais le choix de Paul Ricoeur et de son triangle : l'éthique a pour visée une vie bonne dans des institutions justes avec et pour autrui. Sont ainsi unies dans la même préoccupation la personne, les autres et les institutions qui nous réunissent.

Nous voici donc avec un beau matériel entre repères éthiques et obligations d'agir en situation. Et parce que cela appelle le commerce avec les autres, de nouvelles nécessités apparaissent pour donner sens et corps à ce dialogue ouvrant un espace au nécessaire compromis quand les options de chacun sont d'abord divergentes, voire amèneront au constat de la persistance de « différents insolubles » comme le dit Jürgen Habermas.

Ici je choisis de partager les conditions du dialogue selon le cardinal Parolin qui sont

-  la force de l'identité, il s'agit de charpenter l'argumentation, se former, donner corps à ses convictions, il ne s'agit pas de se « blinder » mais d'être confiant en ce que l'on croit pour savoir le dire,

- le courage de l'altérité, c'est à dire la reconnaissance de la part de vérité chez l'autre.  Ainsi, comme le dit Pierre Claverie, évêque assassiné : « Non seulement j’admets que l’autre est autre, sujet dans sa différence, libre dans sa conscience, mais j’accepte qu’il puisse détenir une part de vérité qui me manque et sans laquelle ma propre quête de vérité ne peut aboutir totalement. »

- la sincérité des intentions, il s'agit ici, bien sûr, d’honnêteté intellectuelle et spirituelle. Et une des intentions premières c'est d'envisager la finalité du débat et non le débat pour vaincre l'autre. Il s'agit d’œuvrer pour le bien commun qui n'est pas l'addition des intérêts particuliers mais un espace pour rendre demain possible pour tous et d'abord pour les plus vulnérables.

Luc Champagne, commission sur le Politique

Nous vous recommandons à cette occasion de vous replonger dans  le débat de haute tenue que l’Antenne a organisé le 14 mars 2018 sur Les choix éthiques pour vivre en société.