Il est évident que le Président de la République cristallise les frustrations accumulées par les Français depuis plusieurs décennies, aucun des derniers chefs d’Etat n’ayant apporté de réponses satisfaisantes aux problèmes maintes fois soulevés, bien qu’ils prétendissent vouloir réduire la fracture sociale... Il n’est pas moins évident que Monsieur MACRON récolte ce qu’il a semé ! Il est aussi évident qu’il a déçu nombre d’innocents, d’idéalistes ou de naïfs qui croyaient qu’il allait faire des miracles.

Se présentant comme candidat sans parti, ni de droite ni de gauche, et n’ayant jamais eu de mandat électif, il s’est comporté en franc-tireur dans la bataille politique, il a navigué hors institutions, il a séduit au premier tour des élections présidentielles ceux, de droite et de gauche, qui avaient été déçus par les partis ou leur parti, et les jeunes peu attachés aux Institutions et ignorants des corps constitués, qui voulaient comme lui faire table rase du passé.

Ayant passé ses quarante années de vie dans des milieux privilégiés et protégés, de sa famille au collège jésuite, de Sciences Po à l’ENA, de la banque Rothschild au Palais de l’Elysée, il ne pouvait ni ressentir ni comprendre la France d’en bas et les familles qui ont du mal à vivre.

Aujourd’hui, les Gilets Jaunes ne se réclament d’aucun syndicat, d’aucun parti politique, d’aucune institution et reprennent la démarche initiale d’Emmanuel MACRON en refusant même toute représentation autre qu’eux-mêmes. Ils rassemblent les idées les plus hétéroclites qui soient et les manifestations ne sont pas très éloignées, me semble-t-il, de celles de 1789 et de 1968. Les sans-culottes de 1789 demandaient du pain et la suppression des privilèges, les G.J. considèrent insupportable le train de vie des élus et revendiquent des augmentations de revenus, l’équilibre du budget et la protection de l’environnement semblant être leur dernier souci. Les étudiants de 1968 cherchaient la libéralisation du carcan des institutions et défiaient l’ordre républicain en hurlant : il est interdit d’interdire ; les Gilets Jaunes revendiquent une démocratie participative partant du terrain, non représentative et non institutionnelle.

Parce que ce très jeune président semble sincère, honnête et assez éloigné des calculs politiciens de ses aînés, je lui pardonne ses erreurs ou certaines décisions inadaptées prises dans la précipitation, comme la suppression de l’ISF, la division par deux du coût du permis de chasse, l’augmentation de la C.S.G. pour les retraités, la diminution de dix kilomètres de la vitesse sur certaines routes, etc.

Et je formule le vœu -c’est la période- qu’il apprenne concrètement, des maires en particulier, derniers remparts de la démocratie, ce qu’est un pays. Je lui souhaite de réussir dans sa volonté de réformer la France en profondeur et de travailler ‘en même temps’ sur le chômage et le déficit budgétaire, sur l’environnement et la croissance économique, sur l’Europe et la place de la France dans le monde, sur la justice et l’égalité, dans l’intérêt de la France et des Français, sans oublier les réformes de fond prioritaires que sont la diminution des dépenses de l’Etat, la mise à plat de la fiscalité et l’unification des régimes de retraites.

Mais il faudra, pour ce faire, qu’il prenne la mesure de la tragi-comédie que vivent quotidiennement tant de citoyens d’en bas, ce qui l’aidera à se déterminer à partir des quelques valeurs fondamentales qui ont fait la France et qui font une Nation.

Pierre Jacquier, le 18 janvier 2019