Il y a douze ans, une jeune ingénieure grenobloise a pris conscience que 15% de son salaire passait chaque mois en frais de trajets domicile/travail. Elle a donc créé une société de covoiturage La Roue Verte.

Nombre de passagersLe covoiturage est défini comme l’utilisation en commun d’un véhicule par un conducteur et un ou plusieurs passagers. Le principe est de pouvoir mettre en relation les personnes qui réalisent les mêmes trajets aux mêmes horaires.

Cette pratique nécessite :

  • Des relais d’influence pour toucher le bon public : les salariés, les étudiants, les employeurs, les universités, les pouvoirs publics,
  • Un outil de mise en relation efficace,
  • Une incitation solide et régulière basée sur une large communication et des avantages concrets (financier, place de stationnement, garantie pour l’aller et le retour, etc.).

Quels enjeux et pour qui ?

Pour les collectivités et les pouvoirs publics :

  • Désenclavement d’un territoire peu ou mal desservi par les transports en commun,
  • Moins de pollution et amélioration de la qualité de l’air,
  • Moins de circulation et de stationnements, avec image environnementale positive.

Pour les co-voitureurs :

  • Accès facilité à l’emploi,
  • Economies financières, convivialité, éco-responsabilité,
  • Accès à des places de stationnement et à des voies réservées, le cas échéant.

Pour les entreprises et les universités :

  • Possibilité d’accès à l’emploi de certains salariés non véhiculés sur sites excentrés et mal desservis, et facilitation d’un éventuel Plan de mobilité
  • Accroissement du lien social entre les salariés,
  • Diminution des places de stationnement nécessaires et des coûts engendrés,
  • Image éco-responsable auprès des fournisseurs, clients et grand public.

Pourquoi faut-il encourager le covoiturage ‘courte distance’ ?

  • Le covoiturage permet aux utilisateurs d’optimiser leurs déplacements tout en respectant leurs contraintes et en préservant leurs habitudes,
  • Là où les dessertes en transports en commun sont insuffisantes ou inexistantes (40% des Français habitent des zones sans transports collectifs), le covoiturage permet de réduire les déplacements ‘autosolistes’ et les conséquences négatives de l’augmentation du prix de l’essence.

Depuis six mois, cette ingénieure très inventive, qui gére sa société de façon très participative et consulte systématiquement son personnel pour les orientations, a beaucoup amélioré le concept initial en créant  ILLICOV.

 

Il s’agit d’un service de covoiturage inclusif, qui se veut accessible à tous sur un principe de tarification libre, ce qui parait incroyable au premier abord ! :

  • L’inscription à Illicov est gratuite,
  • Il n’y a aucun achat de billet à faire,
  • Illicov indemnise le conducteur pour chaque passager transporté,

Concrètement, sur la ligne Vercors/Grenoble (23km), les conducteurs sont indemnisés 1€ par passager et peuvent toucher des ‘boni’ lorsqu’ils réalisent des actions en faveur de la garantie de temps d’attente pour les passagers. Ainsi, certains chauffeurs ont une cagnotte qui dépasse cent euros par mois.

En fin de mois, les passagers reçoivent leur historique d’utilisation et des indications de prix. Ils sont alors libres de payer en ligne la somme qu’ils jugent adaptée à leur expérience et à leurs moyens.

Deux surprises encourageantes :

  • Les temps d’attente annoncés étaient de 15 minutes. Ils sont en fait sous les 3 minutes sur la ligne Vercors, la société s’engageant à fournir un taxi gratuit si nécessaire.
  • Le chiffre d’affaires de la société a été plus important avec le paiement mis en place, après un essai avec la billettique. On constate que les personnes transportées payent de 5 à 15 centimes par kilomètre, selon leurs moyens.

A ce jour, ce modèle fonctionne sur une ligne en Isère et une autre entre Annecy et Genève, mais il est prévu d’étendre rapidement ce service sur cinq axes et rien ne s’opposerait à ce qu’il couvre la France entière, les collectivités locales pouvant ainsi supprimer des milliers de lignes de bus non rentables…

Parmi les effets induits du covoiturage sur les familles, les entreprises et les associations, le plus important est sans doute qu’il crée et fait progresser le lien social, paramètre bien supérieur aux avantages financiers.

 

   Pierre JACQUIER, Faits de société, 21 novembre 2019