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" à vous l'antenne !" ______________ANTENNE SOCIALE de LYON

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18 juin 2026

Un hommage à Edgar Morin et une référence à Léon XIV

Cette période troublée que nous vivons n'est pas aussi riche en penseurs qu'il serait nécessaire. L'actualité met en avant deux réflexions profondes. 

 

Léon XIV, qui était beaucoup attendu sur un magistère nouveau, publie une encyclique complètement au cœur de l'actualité, et reprend, à propos de l'Intelligence Artificielle, la réflexion entamée depuis Jacques Ellul sur la place du progrès technologique: produit par l'homme, il doit servir l'humanité et non l'asservir. Les Semaines Sociales, qui ont fait du thème de l'IA leur sujet de réflexion central de 2025 consacrent leur dernière Newsletter à cette publication .  Nous vous invitons à prendre le temps de consulter l' Article de Denis Winckier , qui fait le lien de Léon XIII à Léon XIV, et depuis cette page aux autres analyses qu'en font les Semaines Sociales.

 

Edgar MORIN, penseur de la complexité, et visionnaire d'une société qui dépasse le simplisme mécaniste, est parti pour de bon. Il laisse nombre de publications, qui font écho aux préoccupations de l'Antenne, notamment sur la Démocratie, la Vérité, la Fraternité, le Dialogue. Dans son dernier éditorial de Démocratie et Spiritualité, Daniel Lenoir lui rend hommage et reprend quelques références intéressantes à explorer. Nous vous invitons à lire cet Editorial de Démocratie et Spiritualité

 

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17 juin 2026

G7: Les conférences des évêques créent le Church7

Pour mieux faire entendre la voix de l’Église, les conférences des évêques des 7 pays membres du G7, se sont regroupées. Elles adressent aux chefs des états les plus puissants économiquement un message sans équivoque sur les priorités: préserver la Dignité des personnes et travailler au Bien Commun.

 

Nous vous permettons ici de lire leur Communiqué

3 juin 2026

Renvoi des migrants : Les évêques européens vivement préoccupés après le vote du Parlement européen.

Antenne sociale de Lyon

Commission Europe

____________________

Mai 2026

Le pacte sur la migration et l’asile difficilement adopté par l’Union européenne il y a un an entrera en application ce mois de mai 2026.

Dans son prolongement une législation européenne concernant le renvoi des migrants en situation irrégulière est en cours de discussion. Ce texte appelé règlement « retour » après son adoption par le Conseil de l’Union a été voté (en première lecture) fin mars au Parlement européen. Sous la pression des partis de droite et d’extrême droite, il durcit la politique migratoire et prévoit notamment la création de « plateformes de retour »  situées dans des pays en dehors de l’Union vers lesquels des migrants (notamment ceux dont la demande d’asile a été rejetée) pourront être envoyés.

Avant son adoption définitive ce règlement sera encore discuté par le Parlement et le Conseil avec la Commission européenne. Il a suscité des fortes inquiétudes, notamment de nombre d’ONG.

 

De son côté, la COMECE (Commission de épiscopats de l’Union européenne) a exprimé ses vives préoccupations au regard des valeurs fondamentales de l’Union européenne.

 

Nous reproduisons de larges extraits du

Communiqué de la Comece sur les politiques de retour.

 

18 mars 2026

Chloë VIDAL 6 : La Boussole du Bien-être

Je terminerai en évoquant un autre exemple, une autre tentative pour créer des zones de convergences… la démarche d’évaluation participative qu’est la Boussole du bien-être.

 

Afin de démocratiser l’administration, et plus précisément le processus budgétaire, en 2023, nous avons lancé la démarche Boussole du bien-être : une initiative ambitieuse visant à repenser nos politiques publiques à l’aune du bien-être des Lyonnaises et des Lyonnais. Cette démarche, qui s’inscrit dans les recherches et travaux autour des indicateurs de richesse alternatifs au PIB, doit nous permettre de nous doter d’une vision et d’outils éclairant la prise de décision en mettant le bien-être des habitantes et des habitants au centre.

 

Dès 2023, nous avons mis en place une Assemblée citoyenne pour donner la parole à des profils variés, souvent éloignés des dispositifs traditionnels de participation. Grâce à des méthodes de recrutement innovantes et variées (des appels à volontaires mais aussi des invitations en porte-à-porte ou directement lors d’enquête de rue dans les quartiers politiques de la Ville), nous avons réussi à rassembler des habitantes et habitants aux parcours différents, évitant ainsi l’écueil du toujours les mêmes. L’Assemblée citoyenne a co-construit la Boussole du bien-être en définissant 12 dimensions principales du bien-être, détaillées en 36 enjeux.

 

En 2024, l’Assemblée a choisi de travailler sur la dimension Vivre ensemble de la Boussole du bien-être, proposant 6 objectifs concrets qui ont inspiré 64 actions municipales. En 2025, le travail sur la thématique Préserver sa santé et se soigner doit permettre de nourrir le Contrat local de santé (CLS qui sera renouvelé en 2027) et ainsi d’intégrer très concrètement les propositions de l’Assemblée dans les politiques locales de la santé1.

 

La Boussole du bien-être a également permis d’esquisser les contours d’un budget bien-être qui doit permettre d’évaluer mais aussi d’orienter les dépenses municipales en fonction des 12 dimensions du bien-être définies par les Lyonnaises et les Lyonnais. En 2024, 84 % des dépenses de fonctionnement ont pu être rattachées à ces dimensions (contre 65 % en 2023). A terme, cette lecture du budget municipal n-1 à l’aune du bien-être pourrait alimenter le cadrage du budget de l’année suivante et ainsi orienter les dépenses. Un travail est également en cours afin de construire un outil d’aide à la décision et de suivi de la PPI (Planification Pluriannuelle d'Investissement - ndlr) afin de dépasser les indicateurs purement financiers et intégrer des critères de bien-être et de soutenabilité.

 

La Boussole du bien-être se construit comme un instrument démocratique, de redevabilité, et de pilotage des politiques budgétaires. Elle donne voix aux attentes des habitantes et habitants. Elle permet d’interpeler les élus au moment du débat d’orientation budgétaire. Elle touche au cœur du réacteur de l’institution : son budget. Et s’attache à assurer une adéquation entre l’action municipale et les attentes des habitantes et habitants.

 

Or, je crois qu’à son endroit peuvent aussi converger les sollicitations de la ville et les initiatives citoyennes. Avec la Boussole du bien-être, le droit d’interpellation se construit.

 

Je conclurai (bien que, sur le sujet, il y ait encore beaucoup à dire) en disant que parce que la démocratie se caractérise par ses travaux, ses pratiques et modes d’action, parce qu’elle est instituante et non instituée, l’objectif reste précisément celui de mettre en œuvre des pratiques d’expérimentations démocratiques et des processus d’institutionnalisation visant la transformation et le renouvellement démocratique : l’émancipation, l’égalité, la participation accrue à la prise de décision.

 

Je pense que nous pouvons encore y travailler ensemble et construire les modalités d’une démocratie réellement ascendante.

 

Je vous remercie pour votre attention.

1 Pour en savoir plus, un site dédié à la Boussole a été créé et permet de partager les productions de l’Assemblée citoyenne de la Boussole du bien-être : www.bien-etre.lyon.fr

17 mars 2026

Chloë VIDAL 5 : Le Budget Participatif

Premier dispositif délibératif à la Ville de Lyon, le budget participatif (BuPa) permet, depuis 2022, aux habitantes et habitants de proposer des idées et de voter pour les projets, issus de ces idées, qui seront réalisés avec l’accompagnement des services de la Ville. Ouvert à la participation de tous (sans condition d’âge ou de nationalité), le BuPa, qui attire toujours de nouveaux publics, a vu lors de sa deuxième édition son nombre de votants doubler. Si les projets peuvent correspondre à des projets que la Ville pourrait initier (car ils doivent répondre à l’intérêt général et relever des compétences municipales), ce sont aussi des projets qui n’ont pas été définis ou programmés par la Ville.

 

Autrement dit, avec le Budget Participatif, les habitantes et habitants bousculent l’agenda politique, priorisent les projets qui correspondent à leurs attentes et en catalysent la réalisation. Par-là même, les habitantes et habitants attirent l’attention des élus sur leurs attentes et préoccupations. Il peut y avoir convergence ou confrontation. La légitimité démocratique du projet ne passe pas par la décision des élu.e.s mais par celles des habitantes et habitants qui ont voté en sa faveur. Des besoins s’expriment et leur expression se traduit concrètement par des réalisations à court et moyen termes : les habitantes et habitants exercent par là leur droit à la Ville. Ce droit qui, comme le définissait le philosophe Henri Lefèvre, permet à chaque individu de « prendre part à la ville telle qu’elle existe, mais aussi à sa production et à sa transformation [et lui donne] le droit de participer à son aménagement, le droit politique de définir la ville ».

 

Certes, les Lyonnaises et les Lyonnais ne participent pas (encore) directement à la réalisation des projets ; c’est la part des services de la Ville. Mais le dispositif pourrait bien évoluer en ce sens - nous n’en sommes qu’à la seconde édition !

De même, il me semble que nous pourrions encore renforcer la portée démocratique du budget participatif.

 

En effet, la conduite de deux éditions du BuPa a permis à la Ville de Lyon d'acquérir la maitrise du processus : transformer les idées en projets, organiser un vote transparent, accompagner la mise en œuvre concrète des projets. Nous pouvons maintenant aller plus loin. Le BuPa pourrait s'ouvrir à plus de participation active, de délibération et de transparence. Nous pourrions en repenser le fonctionnement pour affirmer un rôle démocratique plus large, qui ne se limiterait pas au vote d'une liste de projets. Concrètement, tout en maintenant une enveloppe globale, nous pourrions soutenir et financer davantage le processus démocratique en amont du dépôt des idées, et pas seulement les projets eux-mêmes : le BuPa, je le crois, doit être l'occasion d'organiser une séquence d'assemblées de quartier, en face à face, sur la base d'un démarchage minutieux et organisé des habitantes et habitants (aller-vers), permettant de construire des projets collectifs et délibérés.

 

Par ailleurs, des zones de convergences entre les sollicitations de la Ville et les initiatives citoyennes se créent aussi dans le cadre des appels à projets, APICQ et APIE. Deux dispositifs qui offrent des moyens aux porteurs de projets de réaliser directement leurs projets.

 

En début de mandat, nous avons fait le choix de doubler l’enveloppe de ces appels à initiatives : pour ne parler que des APICQ qui sont pilotés seulement par la Ville (l’APIE est copiloté avec la Métropole de Lyon), outre une revalorisation des moyens donc, nous avons travaillé à améliorer la procédure : en intégrant des membres de Conseil de quartier dans le jury des APICQ (constitué jusque-là uniquement par les élu.e.s de la Ville en charge de la démocratie locale et par le DGS ou son représentant ou sa représentante), en assurant une mixité du jury qui décide de l’attribution des financements aux initiatives des Conseils de quartier, nous avons, il me semble réalisé un nouveau pas dans la reconnaissance de l’expertise d’usage. Nous avons aussi apporté plus de transparence et donc de légitimité démocratique au processus.

 

Là encore, il me paraît que nous pourrions encore aller un peu plus loin. Les jurys APICQ se tiennent deux fois par an. Pourquoi ne pas accompagner en continu les initiatives citoyennes ? Comme le fait déjà Bordeaux avec ses ateliers d’initiative citoyenne. Nous pourrions accompagner les initiatives citoyennes en proposant un accompagnement logistique, matériel, administratif ou financier aux porteurs de projets. Pour des projets qui relèveraient de l’intérêt général et comme pour le BuPa qui s’inscriraient dans les compétences de la Ville. Et comme pour les APICQ, faire ainsi en sorte que les habitants réalisent le projet par eux-mêmes. Il faudrait alors veiller à ne pas mettre en concurrence les dispositifs (peut-être en accordant des montants maximum différents). Quoiqu’il en soit, cela contribuerait à la fabrique de communs. Cela contribuerait encore à augmenter le pouvoir d’agir des habitantes et des habitants et à démocratiser l’administration.

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16 mars 2026

Chloë VIDAL 4 : Un chantier dans la durée

A l’échelle de la Ville de Lyon, depuis le début de ce mandat, tout en étant conscients de l’héritage institutionnel important que nous portons, l’idée est de travailler à refaire du champ politique un champ d’expérimentation économique et social. Nous nous attelons à participer modestement mais sûrement, depuis le cœur même de l’institution, au chantier démocratique d’une réorientation écologique du politique. Nous tentons de participer à un saut qualitatif de nos pratiques de démocratie locale dans le sens d’une démocratie qui soit continue, plus impliquante et inclusive (qui ne laisse personne de côté). Et c’est un grand et double chantier qui s’est ouvert : en externe, avec l’ensemble des acteurs lyonnais, comme en interne à la Ville. Car, encore une fois, il ne s’agit pas d’administrer la démocratie mais bien plutôt de trouver les voies pour démocratiser la gouvernance de la ville à l’heure où nous devons composer avec les réalités imposées par le changement global.

 

Et, de fait, nous avons commencé à développer différents dispositifs pour répondre à trois grands objectifs :

  • D’une part, garantir la robustesse démocratique de la Ville, son bon fonctionnement démocratique. C’est la base ! Nous le faisons notamment via nos travaux en matière de déontologie pour mettre en œuvre le plan de prévention de risques de corruption et ainsi renforcer la probité des élus et améliorer la transparence de la vie publique municipale.

  • D’autre part, augmenter le pouvoir d’agir des habitantes et des habitants en s’efforçant de promouvoir et valoriser la citoyenneté active : reconnaître l’engagement citoyen et favoriser les initiatives citoyennes

  • Enfin, rendre (des) compte(s) : inscrire des mécanismes de redevabilité par lesquels on peut rendre compte des actions menées, des choix réalisés, mais aussi travailler à démocratiser la construction budgétaire.

 

Autant de dispositifs qui peuvent participer au développement d’une démocratie ouverte (c’est-à-dire plus participative et transparente), une démocratie ascendante (où les habitantes et habitants ont aussi un pouvoir de décision directe).

 

Une mission Démocratie ouverte a été créée à la Ville en 2021 qui est venue se substituer à la direction Démocratie participative (constituée de deux agentes en charge, pour l’essentiel, de l’accompagnement des 36 conseils de quartier de la Ville) : la MDO est une mission transversale, opérationnelle et ressource, réunissant 7 agents, susceptibles d’accompagner toutes les directions dans leurs projets de concertations notamment et, plus largement dans les dispositifs participatifs qu’ils souhaitaient mettre en place.

 

Mais, au-delà des concertations qui constituent la part descendante de la participation citoyenne, l’offre institutionnelle de participation (une quarantaine de concertations a pu être menée directement par la Ville jusqu’à présent), augmenter le pouvoir d’agir des habitantes et habitants passe par le fait de leur donner les moyens non seulement de donner leur avis sur la fabrique de la ville mais aussi de décider directement des projets mis en œuvre.

11 mars 2026

Chloë VIDAL 3 : Créer les conditions de la citoyenneté

Comme Joëlle Zask, je suis en phase avec l’approche pragmatique de John Dewey pour qui la démocratie est d’abord une méthode, celle de l’expérience. Et l’expérience est partageable, et ce partage est enrichissant. Aussi, je le crois, notre responsabilité, en tant que pouvoir public, est de créer les conditions nécessaires permettant à chacune et chacun de choisir sa vie, de créer ses propres conditions d’existence, de développer (pour le dire dans les termes de l’économiste Amartya Sen) ses capabilités, ses capacités.

 

Comme le disait Pierre Rosanvallon,

 

« Gouverner ne consiste pas seulement […] à résoudre des problèmes d’organisation, à allouer de façon rationnelle des ressources, à planifier une action dans le temps. Gouverner signifie d’abord rendre le monde intelligible, donner des outils d’analyse et d’interprétation qui permettent aux citoyens de se diriger et d’agir efficacement. Il y a là une dimension fondamentalement cognitive du politique qui doit être fortement soulignée : il s’agit de produire la cité en l’aidant à se représenter, de la mettre en permanence face à ses responsabilités, de lui permettre d’affronter lucidement les problèmes qu’elle doit résoudre1. »

 

Et tout cela est d’autant plus important que nous sommes aujourd’hui confrontés à de nouveaux enjeux socio-écologiques. A Lyon, la question qui se pose est de savoir comment la Ville de Lyon peut penser et organiser l’habitation urbaine à partir des réalités imposées par le changement global ? Autrement dit, la question est de savoir comment la ville de Lyon peut s’inscrire dans la réorientation écologique qui s’impose ? C’est vrai que nous parlons le plus souvent de transition écologique, mais l’enjeu c’est d’abord à mon sens celui d’une réorientation.

 

Or, la Ville, en tant qu’institution, ne peut parvenir à opérer cette réorientation sans l’ensemble des acteurs du territoire, sans apprendre d’eux, sans faire avec eux. Et ce principe bien compris, je dirai, d’interdépendance, de complémentarité, nous conduit définitivement à prendre acte du fait que les pouvoirs publics n’ont plus le monopole de l’action publique (que l’on ne peut plus rien faire qu’ensemble), et que nous avons donc à repenser la relation de l’institution et de ses parties prenantes, à adopter une autre posture (une posture d’écoute, d’apprentissage et peut-être ensuite de médiation, de facilitation), à reposer, encore une fois, la question de la gouvernance.

 

Et cela est d’autant plus vrai que, si l’on peut considérer que l’enjeu global (le fait que nous avons à trouver les moyens de penser et d’agir dans un monde incertain en se montrant à la hauteur des enjeux socio-écologiques majeurs auxquels nous faisons face) est partagé, dans l’ensemble, par les opérateurs, les parties prenantes de la fabrique de la ville, l’expérience elle-même de cette transition écologique (jugée nécessaire) peut, quant à elle, grandement varier d’une partie prenante à l’autre.

 

Or, sans la garantie d’un dialogue de qualité entre la Ville et les opérateurs du territoire, les dysfonctionnements démocratiques ne peuvent que se cristalliser, la défiance envers les institutions se généraliser.

 

Et je n’évoque ici bien sûr que l’échelle locale. Je crois que la vie politique légale ne plaide malheureusement pas toujours pour l’exemplarité des élus, pour leur attachement à l’intérêt général, pour leur qualité d’écoute des citoyennes et citoyens.

 

Le philosophe Bruno Latour résumait sans détour la situation actuelle :

 

« Des muets parlent à des sourds. Et bien sûr la situation empire à chaque cycle, les muets de plus en plus furieux qu'on ne les entende pas ; les sourds qu'on n'accueille pas leurs solutions comme il convient. D'où cette impression que l'espace public est devenu d'une insupportable brutalité.2 »

 

Mais alors, comment trouver des zones de convergences plutôt que de confrontations, comment avancer ensemble dans la fabrique de communs, comment, avec de tels principes, atterrir (pour reprendre là encore l’expression de Bruno Latour)?

 

1 ROSANVALLON Pierre, La contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance, op.cit.

2 LATOUR B. et SCHULTZ N., Mémo sur la nouvelle classe écologique, Paris, Ed. Les empêcheurs de tourner en rond, 2022.

10 mars 2026

Chloë VIDAL 2 : De la représentation à la participation

Il est clair que depuis les premières lois de la participation en France, nous n’avons pas encore trouvé la meilleure manière de mobiliser et de faire dialoguer élus – agents –habitants. Mais l’objectif doit rester celui de rendre effective la participation réelle de toutes les habitantes et tous les habitants. Nous devons rester fidèles à une forme d’exigence démocratique - le philosophe pragmatiste John Dewey disait en 1919 la chose suivante :

 

« On peut définir la démocratie de bien des façons, mais du point de vue moral, l’exigence démocratique consiste à juger institutions politiques et organisations industrielles en fonction de leur contribution au développement général de chacun des membres de la société1. »

 

Dans Ecologie et démocratie, la philosophe Joëlle Zask rappelle qu’ « aux côtés du système représentatif, qui nous permet d’exercer un contrôle sur notre gouvernement, il conviendrait de revitaliser notre système participatif afin que nous rétablissions le contact avec le monde concret qui est le nôtre, le prenions en charge, ayons l’ambition de mieux le connaître, de le partager, d’en prendre soin. »2

Joëlle Zask souligne, à juste titre, que notre vision de la citoyenneté est tronquée, voire faiblarde. Que nous vivons aujourd’hui dans un monde inversé : puisque dans la démocratie moderne (qui apparaît à la fin du 18e siècle), le système représentatif est un moyen tandis que le système participatif est la fin. Ce dernier existe en droit mais il a été progressivement marginalisé.

 

Je la rejoins complètement. Je pense aussi que nous sommes arrivés à la fin d’un cycle en matière de participation citoyenne, ou plutôt d’offre institutionnelle de participation. Il nous faut repenser le dialogue des institutions avec les habitantes et les habitants, penser à nouveaux frais la question de la gouvernance. En visant la pleine reconnaissance d’une citoyenneté active. Non pas la citoyenneté qui s’acquiert par la nationalité. Celle qui s’expérimente quotidiennement à travers des engagements citoyens. S’il y a des citoyens et des citoyennes, ce sont avant tout des habitantes et des habitants, des personnes qui pratiquent la ville, qui l’informent, la transforment par leur pratique d’habitation : en s’y déplaçant, en y travaillant, en y étudiant, en y ayant des activités régulières.

 

Joëlle Zask nous dit encore que « la citoyenneté ne consiste pas uniquement à surveiller le pouvoir et à réagir à son action ; elle consiste en priorité à prendre des initiatives, à s’associer librement à d’autres, à s’engager dans des actions concrètes, à participer activement à la création de ses propres conditions d’existence, à produire l’environnement en l’absence duquel elle ne pourrait s’exercer. » Ce que Pierre Rosanvallon a pu dire encore autrement, en soulignant que la démocratie ne consiste pas seulement à choisir les élus, à accorder un permis de gouverner, mais aussi à délibérer, surveiller et rendre des comptes.

1 DEWEY John, Reconstruction en philosophie [1919], trad. P. DI MASCIO, Farrago/Université de Pau, 2003.

2 ZASK Joëlle, Ecologie et démocratie, Ed. Premier Parallèle, 2022.

9 mars 2026

Chloë VIDAL 1 : de la conquète démocratique aux frustrations

Je commencerai par rebondir directement sur ce terme de « frustrations ».

 

Aujourd’hui, parler de défiance démocratique relève presque d’un euphémisme. Certes, il existe toujours des raisons structurelles. Comme le rappelait l’historien et sociologue Pierre Rosanvallon, l’entrée dans une société de défiance tient bien à des raisons qui sont en partie structurelles1 . D’une part, le temps de la démocratie est susceptible d’un double déphasage : trop immédiat pour le souci du long terme, trop lent pour la gestion de l’urgence (on voudrait donner rapidement force concrète à l’intérêt général et, dans le même temps, on ne répond jamais assez vite à cette nécessité). D’autre part, l’attirance généralisée pour le court terme accentue les manifestations du renoncement au projet politique, autrement dit l’expression de la perte du goût de l’avenir (l’expression est de l’écrivain Jean-Claude Guillebaud2).

 

Cette affirmation du présent (cette idéologie du présent et de l’évidence, comme la nomme l’anthropologue Marc Augé3, ce présentisme, comme la nomme aussi l’historien François Hartog4), qui est renforcée par un sentiment toujours plus fort d’accélération du temps (ainsi que le souligne le sociologue Hartmut Rosa5), recouvre en fait une désarticulation des temps : passé, présent et futur. Et, à ce moment-là, l’exercice par le politique d’une responsabilité permanente se trouve fragilisé, la légitimité du pouvoir politique questionnée, la démocratie menacée.

 

Mais, si, pour résorber l’écart qui se creuse toujours plus entre les citoyens et leurs représentants, l’on multiplie des dispositifs relevant de l’offre institutionnelle de participation qui génèrent de la frustration, faute de ne toucher qu’une infime partie de la population et/ou faute de rendre compte de la manière dont les contributions sont intégrées dans les décisions, on ne fait qu’accroître le sentiment de défiance.

 

1 Selon Pierre Rosanvallon, la défiance peut s’expliquer au moins par trois facteurs : scientifique (l’entrée dans une société du risque, telle que Ulrich Beck a notamment pu la décrire dans son ouvrage éponyme), macroéconomique (le déclin de la prévision économique), et sociologique (le développement d’une société de l’éloignement, ainsi que l’analyse Michel Walzer). (Cf. ROSANVALLON Pierre, La contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance, Paris, Seuil, 2006, pp.16-17.)

2 GUILLEBAUD Jean-Claude, Le goût de l’avenir, Paris, Seuil, 2004.

3 AUGE Marc, Où est passé l’avenir ?, Paris, éd. du Panama, 2008.

4 HARTOG François, Régimes d’historicité, présentisme et expériences de temps, Paris, Seuil, 2003.

5 ROSA Hartmut, Accélération. Une critique sociale du temps [2005], trad. D. RENAULT, Paris, La Découverte, 2010.

5 mars 2026

Chloë VIDAL 0: Publication par épisodes d'une intervention sur la démocratie participative

Le 27 janvier, l'Antenne organisait une soirée sur le thème de la rencontre, parfois compliquée, entre les propositions d'ouverture démocratique faites par les structures de gouvernance et les initiatives citoyennes de terrain. A cette occasion, Chloë VIDAL, déléguée pendant 6 ans à la Démocratie, mais aussi chercheuse en philosophie et géographie, a bien voulu introduire ce thème par un exposé documenté, qui nous parait mériter une relecture lente et attentive. C'est pourquoi, plutôt que de publier ce long texte en une seule fois, nous nous sommes permis de le découper en 6 temps que vous pourrez mastiquer à loisir. Il s'agissait d'un seul texte continu, progressant du constat et des principes vers les outils actionnés pendant le mandat. Pour la compréhension au long cours, nous avons choisi les sous titres suivants:

1- De la conquête démocratique aux frustrations

2- De la représentation à la participation

3- Créer les conditions de la citoyenneté

4- Un chantier dans la durée

5- Le Budget participatif

6- La Boussole du Bien-être

début du texte ci-dessous

Texte sans ajout ni retrait, avec ses notes de bas de page

 

Bonsoir à toutes et à tous, Je suis ravie d’être avec vous ce soir et vous remercie vivement de votre invitation.

 

Je me présente peut-être en quelques mots : je suis Chloë Vidal, adjointe au Maire de Lyon, déléguée à la démocratie locale et à la redevabilité, aux Universités, à la recherche et aux coopérations. Ma délégation recouvre les champs de la déontologie, la participation citoyenne, la prospective, l’évaluation de l’action publique, et je suis également en charge des relations aux acteurs de la recherche en vue de développer des coopérations.

 

Avant toute chose, permettez-moi de vous dire que je ne suis pas en campagne (j’ai d’ailleurs décidé il y a plusieurs mois de ne pas briguer de second mandat). Je ne suis pas là non plus pour vous présenter un bilan, mais plutôt pour partager avec vous quelques réflexions, du point de vue qui est le mien, qui est tout à la fois celui d’une adjointe de la Ville de Lyon, ayant l’expérience d’un mandat au service de la démocratie locale, et celui d’une chercheuse, en philosophie et géographie.

 

Et je vais aujourd’hui plus précisément réagir à la question qui m’a été posée, à savoir : « Comment se rencontrent, sur le terrain, les sollicitations municipales (top>down) [en matière de participation citoyenne] – ce que je nommerais l’offre institutionnelle de participation, approche « descendante de la participation » Comment donc se rencontrent, sur le terrain, les sollicitations municipales et les initiatives citoyennes (down>top)[approche, dirai-je plus ascendante de la participation], créant des zones de convergence et de confrontation, des avancées et des frustrations. »

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