Claude MOUCHOT
Claude est parti sur la pointe des pieds.
Il n'est pas besoin de chercher beaucoup pour deviner l'envergure de ce monument intellectuel, à l'esprit acéré et ouvert. Maitrisant les statistiques, l'économétrie, la comptabilité nationale, il a publié des oeuvres de référence dans ces domaines. Son humanisme s'exprimait à travers les sciences économiques et sociales, et il ambitionnait de remettre en valeur les idées de Jean Baptiste Say.
Pour moi qui l'ai connu sur le tard, dans les réunions d'échange d'idées de l'Antenne, il était celui qui donnait son analyse pointue, précise, humaine, sans prétention, et même avec humilité, et laissait s'exprimer chacun à sa façon et à son niveau, selon sa logique propre. Sa sympathie et son empathie étaient discrètes et vraies, son humanité fraternelle. Là était son engagement profond.
Merci Claude, pour ces moments que tu nous a offerts.
François Pillard
"...Quel que soit le problème économique concret considéré, il est traversé par l’ensemble des logiques portées par chaque théorie. Dès lors le critère de choix est à la fois très simple dans l’abstrait et très difficile à mettre en œuvre dans la réalité : faisant usage de sa raison, l’homme politique délibère et tente de percevoir quelle est la logique dominante, aujourd'hui, dans la situation considérée pour décider des mesures à prendre en fonction de cette logique dominante.
..Bonnes raisons, délibération, jugement, choix politique, conclusions provisoires (puisque le choix d’aujourd’hui sera remis en cause demain : la logique dominante ne sera plus la même) ; cet ensemble d’éléments définit précisément la Raison qui, bien au-delà de la seule rationalité, rend pleinement compte de la liberté individuelle, limitée mais réelle, et permet à l’homme d’affronter la complexité.
....Nous explicitons ainsi les raisons pour lesquelles les économistes ne sont jamais d’accord : chacun choisit la théorie qui porte les valeurs qu’il désire défendre. Il en résulte que ces désaccords ne sont que le reflet du combat politique sous-jacent. Bien au-delà d’une scientificité dont on vient d’exposer les limites, il faut redonner à notre discipline le beau nom d’économie politique."
Claude Mouchot, in POUR UNE VÉRITABLE ÉPISTÉMOLOGIE DE L’ÉCONOMIE, juin 2012