La pensée sociale de l’Eglise, qu’est ce que c’est ?

C’est une pensée en mouvement, à l’articulation entre l’action et l’engagement. Elle s’appuie sur les prises de position de l’Eglise sur la condition sociale. Elle s’adresse aux chrétiens et aux hommes de bonne volonté, pour qu’ils s’en saisissent là où ils se trouvent, afin de faire respecter la dignité de l’homme, faire progresser la subsidiarité, la solidarité, la justice et promouvoir le bien commun.

Croyants ou pas, quels enjeux ?

Pour le croyant, l’enjeu de la pensée sociale est d’actualiser les exigences de l’Évangile au cœur du réseau complexe des relations sociales. Face aux grandes mutations du monde (économie numérique, environnement, génétique), la pensée sociale propose des repères fondamentaux pour l’engagement de tous, croyants ou non, en faveur du respect de l’Homme.

Savoir plus

Sites : 

Encycliques Sociales

Eglise Catholique & Société

Déclarations de la Conférence des Evêques

CERAS-Projet: la Pensée Sociale

 

Ouvrages :

Compendium de la Doctrine Sociale de l’Eglise, cerf 2005

J. Deretz, A. Nocent, Synopse des textes conciliaires, éd. universitaires 1966

Denis Maugenest, Le discours social de l’Eglise catholique de France, cerf 1995

CERAS, le discours social de l’Eglise catholique, de Léon XIII à Jean-Paul II, centurion 1995

Encycliques

Deus caritas (Benoit XVI, 2006)

Centesimus annus (Jean-Paul II, 1991)

Populorum progressio (Paul VI, 1967)

Laudato si' (François, 2015)


D’où vient cette histoire ?

A l’origine, les premiers croyants ont organisé l’Eglise autour de trois services : l’évangélisation, la célébration des sacrements et la charité. Celle-ci consista d’abord à lutter contre la pauvreté au sein de la communauté. Puis ce service des plus pauvres a évolué et pris des formes variées.

Dans le contexte de la révolution industrielle, paraît en 1891 l’encyclique Rerum Novarum. Cette encyclique, nourrie de 60 ans de militantisme des «chrétiens sociaux», affirme la primauté de l’Homme sur la production des biens, l’égalité fondamentale entre tous les Hommes (ouvriers ou dirigeants) et la nécessité de traduire ces deux principes en droit (durée du travail, juste salaire). La première «encyclique sociale» était née.

Depuis, à chaque niveau de l’Eglise (diocèse, conférence épiscopale, Vatican) de nombreux mouvements et chrétiens ont pris position sur des questions de vie sociale.

Que vient faire l’Eglise dans le social ?

L’Homme s’épanouit en relation avec les autres : il vit en société. C’est donc dans le large champ du social (économie, échanges internationaux, travail) que sa vie est interrogée. Naturellement, l’Eglise est amenée à s’exprimer sur ces sujets et elle appelle à l’engagement de tous.

L’Eglise et le pouvoir ?

En France particulièrement, l’Eglise a connu des relations difficiles avec l’autorité publique.

Aujourd’hui, l’Eglise a rompu avec l’illusion d’un retour à la chrétienté comme organisation politico-sociale.
Elle respecte l’indépendance des Etats et des organisations sociales.
Sa contribution sur la question sociale est claire : « Elle [la pensée sociale] ne veut pas conférer un pouvoir sur l’Etat ». Ency. Deus Caritas §28a.

Et quelles sont les compétences de l’Eglise dans le social ?

L’Eglise ne travaille pas seule sur ces questions sociales. Elle «rentre en dialogue avec les diverses disciplines qui s’occupent de l’homme». Ency. Centesimus annus

Paul VI et François exhortent
à l’engagement politique :

Extrait de l’entretien du pape François, le 30 avril 2015, avec des jeunes de la Communauté de Vie chrétienne

« On ne peut pas regarder du balcon »

Gianni – Saint-Père, quel discernement peut nous venir de la spiritualité ignatienne pour nous aider à garder vivant le rapport entre la foi en Jésus-Christ et la responsabilité d’agir toujours pour la construction d’une société plus juste et plus solidaire ? Merci.

Pape François – On entend dire : « Nous devons fonder un parti catholique ! ». Ce n’est pas la voie. L’Église est la communauté des chrétiens qui adore le Père, qui va sur la route du Fils et reçoit le don de l’Esprit-Saint. Ce n’est pas un parti politique. « Non, nous ne disons pas un parti, mais… un parti uniquement pour les catholiques ». Cela n’est pas utile et n’aura pas la capacité d’impliquer, parce qu’il fera ce pour quoi il n’a pas été appelé. « Mais un catholique peut-il faire de la politique ? – Il doit ! – Mais un catholique peut-il s’immiscer dans la politique ? – Il doit ! ».

Le bienheureux Paul VI, si je ne me trompe pas, a dit que la politique était une des formes les plus élevées de la charité, parce qu’elle recherche le bien commun.

« Mais Père, ce n’est pas facile de faire de la politique, parce que dans ce monde corrompu… à la fin tu ne peux pas avancer… ».

Que veux-tu me dire? que faire de la politique est un peu une forme de martyre ? Oui. Oui, c’est une forme de martyre. Mais c’est un martyre quotidien : chercher le bien commun sans te laisser corrompre. Chercher le bien commun en réfléchissant aux voies les plus utiles pour cela, les moyens les plus utiles. Chercher le bien commun en travaillant dans les petites choses, toute petites, de peu… mais c’est possible. C’est important de faire de la politique : la petite politique et la grande politique.

Dans l’Église, il y a beaucoup de catholiques qui ont fait de la politique propre, bonne ; et même qui ont favorisé la paix entre les nations. Pensez aux catholiques, ici, en Italie, de l’après-guerre : pensez à De Gasperi. Pensez à la France, Schuman, dont la cause de béatification est en cours. On peut devenir saint en faisant de la politique. Et je ne veux pas en nommer plus : deux exemples suffisent, de ceux qui veulent avancer dans le bien commun. Faire de la politique est une forme de martyre : vraiment un travail de martyre, parce qu’il faut toute la journée avancer avec cet idéal, tous les jours avec cet idéal de construire le bien commun. Et aussi porter la croix de bien des échecs, et aussi porter la croix de nombreux péchés. Parce que c’est difficile, dans le monde, de faire le bien au milieu de la société sans se salir un peu les mains ou le cœur ; mais pour cela, tu vas demander pardon, tu demandes pardon et tu continues. Mais que cela ne te décourage pas.

« Non, Père, je ne fais pas de politique parce que je ne veux pas pécher.» 

– Mais tu ne fais pas le bien ! Va de l’avant, demande au Seigneur de t’aider à ne pas pécher, mais si tu te salis les mains, demande pardon et avance !  Mais faire, faire… Et se battre pour une société plus juste et plus solidaire. Quelle est la solution que ce monde globalisé nous offre aujourd’hui, pour la politique ? Simple : au centre, l’argent. Non pas l’homme et la femme, non. L’argent. Le dieu argent. Au centre. Tout le monde au service du dieu argent. Mais pour cela, ce qui ne sert pas au dieu argent est jeté.

Et ce que nous offre, aujourd’hui, le monde globalisé, c’est la culture du rebut : ce qui ne sert pas, on le jette. On rejette les enfants, parce qu’on ne fait pas d’enfants ou parce qu’on tue les enfants avant leur naissance. On rejette les personnes âgées, parce que… les personnes âgées ne servent pas… Mais maintenant qu’on n’a pas de travail, on va trouver les grands-parents pour que leur retraite nous aide ! Mais ils servent momentanément. On rejette, on abandonne les personnes âgées. Et maintenant, il faut diminuer le travail parce que le dieu argent ne peut pas tout faire, et on rejette les jeunes : ici, en Italie, les jeunes de moins de 25 ans – je ne veux pas me tromper, corrige-moi – 40 à 41 pour cent sont sans travail. On rejette… Mais c’est le chemin de la destruction. Et moi, catholique, je regarde du balcon ?

On ne peut pas regarder du balcon ! Immisce-toi là ! Donne le meilleur de toi ! Si le Seigneur t’appelle à cette vocation, vas-y, fais de la politique ! Cela te fera souffrir, cela te fera peut-être pécher, mais le Seigneur est avec toi. Demande pardon et va de l’avant ! Mais ne permettons pas que cette culture du rebut nous rejette tous ! Elle rejette aussi la création, parce que tous les jours la création est un peu plus détruite. N’oubliez pas cette parole du bienheureux Paul VI : la politique est une des formes les plus élevées de la charité. Je ne sais pas si j’ai répondu… J’avais écrit un discours… peut-être ennuyeux, comme tous les discours ; mais je le remettrai, parce que j’ai préféré ce dialogue.