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Les innovations techniques ont toujours entraîné des changements sociaux, culturels et politiques profonds. L’agriculture a permis le développement des cités ; l’imprimerie a changé le rapport au savoir et au pouvoir ; la machine à  vapeur a engendré l’industrie ; l’électricité a donné à tous l’accès à l’énergie. ‘’Une seule chose ne change pas : le changement’’   disait déjà Confucius.

Nous aspirons aux changements, mais les changements nous inquiètent et nous malmènent !

Il nous faut inventer localement de nouvelles règles, pour gérer nos biens communs.

Nous avons toute l’année pour cela!

Bonne année !

 

1.    Tout change autour de nous, et nous aussi, nous changeons

L’évolution est de plus en plus rapide : informatique, robots, climat , comportements (consommation, déplacements…), lois (bio-éthique), croyances …

L’intelligence artificielle, les objets connectés, l’identification automatique des objets et personnes, l’aide au diagnostic, tout cela s’installe dans nos vies. Une foule de ‘’réseaux sociaux’’ proposent une multitude de biens matériels, de services,  d’informations vraies ou fausses. Nos consommations changent, et même nos modes d’achat (en ligne), nos emplois et nos métiers..

La mobilité  se généralise : géographique, professionnelle, ou même affective (recompositions familiales).

Celaentraîne des transformations mentales. Par exemple, une confiance dans les réseaux sociaux et une méfiance des institutions (Politiques, Ecole, Eglises). Un désir et une impatience du changement : «  80% des Français rêvent de changer de vie » Jean Viard, sociologue, 2018. Mais tout n’est pas facile pour autant !

2.      Les transformations sociales sont  inégalitaires

Dans le monde numérique, les grandes firmes mènent  la danse : les GAFAM, Uber, Airbnb, Blabacar deviennent plus puissantes que les Etats, et imposent leur changement.

Or tout le monde n’a pas accès à ces évolutions rapides. Socialement, une double fracture est en cours : générationnelle entre jeunes adaptables et personnes âgées, sociale entre ceux que leur formation et niveau de vie ouvre aux innovations et ceux que la précarité tient à l’écart du mouvement. Cette fracture se double d’une distorsion géographique entre territoires plus ou moins équipés

3.      Défis anthropologiques

« Nous sommes en train de vivre des changements anthropologiques majeurs dans de nombreux champs de la vie humaine » Bruno Saintôt, SJ, Collège des Bernardins, 10 02 2018.

Avons-nous analysé les conséquences sociales et spirituelles (références, sens,  permanence, stabilité, fidélité…) de la généralisation du changement ? Comment organiser et évaluer de nouveaux droits sur des valeurs reconnues, mettre en place les procédures juridiques, politiques, sociales nécessaires pour que l’évolution technique reste au service de l’homme ?

Comment maîtriser l’innovation ? D’abord par un travail sur soi, pour limiter ses envies et ses consommations (frugalité). Par l’éducation aux outils et à l’esprit critique ; en refusant de céder aux sirènes ou aux prophètes, et en prenant la juste mesure des transformations en cours. Le monde change, il nous faut adapter les règles et en connaître la grammaire (les fonctionnements). Cela engage notre responsabilité citoyenne dans les institutions que nous formons.

4.     Une perspective pour l’action

Voyageurs sur cette terre, maison commune qui nous est confiée pour la protéger et l’améliorer au profit de tous, nous sommes rappelés à la prudence et aux fondamentaux :

«  Les limites qu’une société saine, mature et souveraine doit imposer sont liées à la prévision, à la précaution, aux régulations adéquates, à la vigilance dans l’application des normes, à la lutte contre la corruption, aux actions de contrôle opérationnel sur les effets émergents non désirés des processus productifs, et à l’intervention opportune face aux risques incertains ou potentiels. » Laudato Si’ n° 177.

 « Tout ce que font les hommes pour faire régner plus de justice, une fraternité plus étendue, un ordre plus humain dans les rapports sociaux, dépasse en valeur les progrès techniques. Car ceux-ci peuvent bien fournir la base matérielle de la promotion humaine, mais ils sont tout à fait impuissants, par eux seuls, à la réaliser »  Vatican II, Gaudium et spes n° 35.

 

Etienne FAUVET, commission Faits de société, janvier 2019