Le texte complet de ce document établi par la Commission Europe de l’Antenne sociale de Lyon, qui comporte notamment des développements sur les enjeux cités en gras, ainsi que des renvois et commentaires, peut-être téléchargé en suivant le lien : NA_Europe_CestleMoment_20170914

Pouvons-nous maîtriser notre avenir ?

 La France (malgré son siège au Conseil de sécurité de l’ONU, ou sa force nucléaire) et l’Allemagne (malgré sa force économique) restent de petits pays comparés aux Etats-Unis à la Chine ou à l’Inde. Chacun de nos pays européens pris individuellement n’a pas le poids nécessaire pour peser efficacement. L’Europe le peut dans un contexte mondial qui évolue. Encore faut-il qu’elle en ait la volonté politique et qu’elle dispose des moyens nécessaires.

Or l’Europe, qui s’est édifiée progressivement depuis près de 70 ans, est minée par ses querelles internes, paraît souvent incapable de mener les politiques nécessaires ; son fonctionnement démocratique est questionné, et l’Union fait l’objet de critiques qui devraient s’adresser davantage aux gouvernements nationaux qui la paralysent trop fréquemment. Le nouveau président de la République, Emmanuel Macron, s’est ouvertement affiché comme pro-européen. C’est une orientation positive, mais qui doit être concrétisée, et qui pourrait se retourner si les attentes qu’elle suscite venaient à être déçues.

Avenir de l’Europe : 5 propositions au choix

Nous sommes à l’heure de choix essentiels. Consciente de cette situation, la Commission européenne a publié, début mars, un livre blanc  pour lancer un débat sur l’avenir de l’Europe  d’ici la prochaine élection du Parlement européen (juin 2019) dans la perspective de 2025. Le président de la République dans son programme électoral suggérait de son côté de lancer dans toute l’Union des conventions démocratiques et a confirmé à Athènes une telle démarche. La Commission européenne propose de débattre dans les parlements nationaux, les villes et les régions, partout en Europe, autour de 5 scénarios envisageables allant de la « continuité » avec le fonctionnement actuel à la possibilité de « faire beaucoup plus ensemble ». La mise sur le même plan des divers scénarios est étonnante, car il semble évident que les difficultés que rencontre l’Europe (ses lenteurs, son incapacité à prendre les décisions nécessaire, son déficit démocratique, etc.) devraient interdire les scénarios de continuité ou pire de régression, et que seuls présentent de l’intérêt les scénarios permettant de progresser en faisant mieux et plus (soit ensemble, soit seulement avec ceux qui le veulent). Est-ce une volonté pédagogique en mettant toutes les hypothèses sur la table ? La méthode est contestée par le Comité économique et social européen qui souhaite que soit dégagée une vision commune pour définir la voie à suivre par l’Europe. Dans son discours sur l’état de l’Union, le 13 septembre, le président de la Commission européenne J-C. Juncker a précisé sa vision de l’avenir en distinguant dans une feuille de route ce qui sera mis en œuvre d’ici 2019 et ce qui relève de l’horizon 2025. Les réflexions de la Commission se situent explicitement dans une Union à 27 pays (sans le Royaume-Uni) et laissent place à l’hypothèse où certains pays avancent plus rapidement que les autres avec des « coopérations renforcées ».

Le livre blanc s’ouvre par un utile chapitre présentant les « moteurs » de l’avenir de l’Europe, dans un monde en évolution et est accompagné par des contributions de la Commission aux discussions : « développer la dimension sociale de l’Europe », « approfondir l’Union économique et monétaire », « maîtriser la mondialisation », « l’avenir de la défense de l’Europe» et « l’avenir des finances de l’Union européenne». C’est donc bien un débat de fond auquel nous sommes appelés au cours des deux années qui viennent, mais dont certaines conclusions ne pourront attendre, car les évènements les rendent urgentes (terrorisme, changement climatique … etc.) et car elles interféreront avec la négociation du Brexit. Sans prétendre dans ce court texte entrer dans le débat, et au risque d’être schématique, nous voudrions seulement souligner ici quelques enjeux importants :

  •    Renforcer l’euro, et son contrôle démocratique  
  •    Besoin de convergence économique et sociale, de politiques industrielles et d’harmonisation fiscale 
  •    Pour une politique extérieure et de défense européenne  
  •    Information et culture, fondements de la citoyenneté européenne  

C’est le moment d’un nouvel élan pour l’Europe

Ce printemps, le Pape François, en recevant les chefs d’Etat et de Gouvernement pour le soixantième anniversaire du traité de Rome, a souligné des voies d’espérance pour l’Europe .

Pas de défaitisme face aux difficultés qui existent et à l’europhobie qui demeure  ; pas d’attentisme alors que notre pays a dans le passé souvent empêché l’Europe de progresser; pas d’idéalisme béat et de confiance exagérée dans le pouvoir politique national ; pas de minimalisme, même se présentant comme pro-européen tout en  s’opposant aux « élites européistes» et qui, sous couvert de prudence ou de réalisme plus ou moins cynique, laisserait une même capacité de blocage aux gouvernements nationaux. Pour franchir une étape nouvelle, l’Europe a besoin d’une impulsion nouvelle avec lucidité et détermination.

Appuyés sur l’expérience de ces dernières années, nous voyons les enjeux devant nous ; ils se situent au niveau européen : transition numérique, énergétique et climatique ; convergence économique et sociale, politiques industrielles ; harmonisation fiscale indispensable pour la libre circulation ; politique extérieure renforcée et défense commune ; approfondissement de la zone euro et processus de décision démocratique ; meilleur exercice de la citoyenneté européenne.

Dans tous ces domaines des progrès sont nécessaires. Ils deviennent possibles. L’Europe peut nous permettre de faire évoluer le monde vers plus de justice et de paix. Dans l’instabilité des forces à travers le monde, l’Europe peut peser face aux puissances continentales ou multinationales pour maîtriser la mondialisation. L’Europe politique peut se renforcer. Le veto britannique ne s’exercera plus. Rien n’est certain, mais après plus d’une décennie de paralysie, les esprits sont en train de changer. Les opinions, les gouvernements, les institutions européennes bougent rendant possible un nouvel élan.

C’est le moment de s’en saisir, à nos divers niveaux de responsabilité :

  •  S’informer, développer l’information, démonter la désinformation et les sophismes populistes ;
  •  Travailler avec les équipes qui cherchent à mettre au point les propositions concrètes et  adaptées ;
  •  Pousser nos gouvernements nationaux, nos élus locaux à se situer à la hauteur des enjeux européens ;
  •  Susciter, soutenir les initiatives européennes dans la société civile et dans la vie politique notamment au sein des syndicats, partis, mouvements et associations.

 Commission Europe de l'Antenne, septembre 2017