Une communication de la Commission Transmission de l'Antenne

       Les études, colloques, publications sur ce thème semblent se multiplier à tel point que l'idée même d'une telle crise semble évidente et qu'il importe d'en rechercher les causes et surtout de la combattre !

Or nous devons d'abord faire le constat que la transmission n'a pas disparu :

–   les couples en France continuent à « faire des enfants » et d'ailleurs un peu plus que dans beeducation-2284911_640aucoup d'autres pays européens ;

–   les enfants continuent à apprendre, à aller à l'école et d'ailleurs plus qu'hier : le niveau général de connaissances de la population s'est incontestablement élevé ;

–   les enquêtes d'opinion font apparaître que la famille reste une valeur forte, y compris pour les plus jeunes ;

–   au sein même de notre groupe de travail, nous avons pu partager tout ce que nous ont apporté les différents « passeurs » au plan intellectuel, moral ou spirituel.

Alors pourquoi parler de « crise » ?

–   la transmission d'abord « définit » en quelque sorte l'humanité.  Pour survivre l'homme doit transmettre des savoirs, des savoir-faire et des savoir être (ce que l'on appelle la culture au sens large), C'est bien ce qui continue aujourd'hui à se faire !

–   la plainte d'une jeunesse qui n'écoute plus ses parents n'est pas d'aujourd'hui. Socrate (en 385 avant JC!)  parlait d'une jeunesse «  mal élevée » qui  « se moque de l'autorité et n'a aucune espèce de respect pour les anciens »

Néanmoins, nous constatons des évolutions (révolutions?) importantes dans le processus même de transmission :

–   d'abord la « dispersion » des sources de connaissance : hier, celles-ci étaient l'apanage d'autorités reconnues. Aujourd'hui, nous le savons, les savoirs sont accessibles immédiatement par tous.

–   l'accélération de la recherche conduit à une « remise en cause » permanente des connaissances essentiellement scientifiques et techniques et ce sont désormais parfois les plus jeunes qui apprennent aux plus âgés (nouvelles technologies)

–   mais ce serait plutôt dans le domaine des savoirs être que la transmission serait en crise : un discours récurrent sur le laxisme des adultes, leur manque de rigueur, une incertitude sur les valeurs à transmettre à laquelle s'ajoute une sorte de culte de la spontanéité des enfants... est fréquent. On parle alors de crise de l'autorité !

–   et pourtant qui renoncerait aujourd'hui à sa liberté d'expression et notamment de contestation à l'égard de toutes les formes de pouvoir ?!!

–   pour P. Meirieu  l'éducation « consiste à créer les conditions pour rendre nos enfants capables de créer un monde nouveau et habitable, démocratique et solidaire »

Ainsi, notre interrogation doit porter à la fois sur ce qu'il serait important de transmettre notamment en termes de valeurs, et les modalités de cette transmission.

Dans le domaine des savoirs et des savoir-faire,  l'apprentissage des méthodes doit prendre le pas sur les contenus eux-mêmes  (« apprendre à apprendre »)

Les modalités de la transmission qui ne peut plus se faire de manière autoritaire et descendante sont à réinterroger : les enfants eux-mêmes ne cessent de nous enrichir !

Mais il semble aussi important de se dégager du piège d'une société (dite de « consommation ») dans laquelle l'enfant est devenu une cible commerciale, au détriment parfois des valeurs de sobriété et de partage : transmettre d'abord des « avoirs » ou une certaine qualité d'être ?

Ne convient-il pas alors, comme nous y invite Maurice Bellet, de nous « désencombrer » avant de transmettre et de croire peut-être que ce qui est essentiel dans cette responsabilité pourrait être de l'ordre de l'éveil, de l'authentique, du fragile voire de l'inattendu ?

                                        Bernard Javaux , Commission Transmission de l’Antenne Sociale